Ex-libris et Polaris

Choix littéraire totalement subjectif, la plupart du temps issu d'une irrésistible poussée vers le cercle polaire... et autres sujets beaucoup plus futiles.

08 septembre 2010

Rosa Candida

Rosa_Candida

A 22 ans, Arnljótur Thórir voit son enfance disparaître brutalement. Un an jour pour jour après avoir perdu sa mère dans un accident de la route, ce grand rouquin candide assiste, médusé, à la naissance de sa fille, Flóra Sól.

C’est qu’il fait tout à l’envers, Arnljótur. Il commence par avoir un enfant avant de connaître la mère, Anna, qu’il a approchée d’un peu trop près un de ces soirs d’hiver blanc où, l'alcool aidant, les corps se réchauffent. Le quart d’heure d’étreinte avec l’amie de son copain, dans la serre familiale, donnera donc  naissance à une petite fleur. Mais Arnljótur sera-t-il prêt à assumer sa paternité ?

C’est un voyage initiatique auquel Auður Ava Ólafsdóttir nous convie. Le brillant lycéen qui s’est perdu dans deux campagnes de pêche en haute mer va prendre sa destinée en mains : il entreprend de sauver de la négligence et de l’abandon une roseraie séculaire, unique en son genre. Il embarque avec lui les boutures d’une rose pourpre rarissime à huit pétales apparentée à la blanche Rosa Candida. Et en voiture, dans une Opel Asta 37 jaune citron, vers d’autres aventures ! Il laisse derrière lui Jósef, son jumeau autiste et son père, un électricien à la retraite qui, à 76 ans, ne se remet pas de la disparition de son épouse, de 16 ans sa cadette. Laquelle a péri sur l’asphalte détrempé d’une route d’Islande entourée de champs de lave, alors qu’elle s’en allait cueillir des myrtilles.

Comme dans un conte qui s’émanciperait des notions de lieu et de temps, notre candide va cheminer loin vers un monastère accroché à la roche pour rebâtir un jardin d’Eden à des prêtres trop occupés à archiver leurs manuscrits dans leur bibliothèque quand ils ne sont pas dans leurs vignes. Parmi eux, le frère Thomas, curé cinéphile qui ne crache pas sur la dive bouteille, assistera à la mue d’un homme qui se « sent en train de se changer mentalement en père d’un enfant ».

StiklingenPeu avare de belles références (d’Une Maison de Poupée, la fameuse pièce d’Ibsen, au film de Lasse Hallström Le Chocolat), Auður Ava Ólafsdóttir explore habilement les ressorts de la naissance du couple. La mort, le deuil, l’amour, le corps sont autant de thèmes que le subtile décalage du héros permet d’aborder sans lourdeur, et parfois même avec humour. Le mysticisme affleure à mesure que notre candide tente de bâtir une vie sans épine, à l’instar des tiges des roses qu’il sauve de l’oubli.

Au final, ce n’est pas du tout étonnant qu’un producteur européen se soit déjà emparé des droits cinématographiques d’un roman aussi visuel. Sans quelques longueurs au creux du livre ni une traduction flanquée de tics qui finissent par confiner à l’obsession (combien de fois l’expression « de sorte que » ?), cette livraison de Zulma aurait été d’une aussi belle tenue que la couverture seventies du livre dessinée par David Pearson himself. Cette première traduction d’une œuvre d’Auður Ava Ólafsdóttir en France donne en tout cas l’occasion de découvrir un auteur à la sensibilité à fleur de mots.



Olafsdottir> Bio. Audur Ava Ólafsdóttir est née en 1958 et vit aujourd’hui à Reykjavík avec ses deux filles. Ancienne étudiante en histoire de l'art à Paris est aujourd’hui maître-assistante d'histoire de l'art à l'Université d'Islande. Directrice du Musée de l'Université d'Islande, elle est très active dans la promotion de l'art. A ce titre, elle a donné de nombreuses conférences et organisé plusieurs expositions d'artistes.


> Bibliographie. Traduite pour la première fois en Français, Auður Ava Ólafsdóttir a publié trois romans :


Afleggjarinn- Rosa Candida (titre original : Afleggjarinn, 2007 chez Salka). Prix culturel DV de littérature 2008 et Prix littéraire des femmes (Fjöruverðlaun). Finaliste du Prix du conseil nordique 2009.

Rigning_i_november_copie- Rigning í nóvember (2004, Salka), « Pluie de novembre ». Prix de Littérature de la ville de Reykjavík (2004).

- Upphækkuð jörð (1998, chez Mál og Menning), roman aujourd’hui introuvable. - « Terre relevée »


Elle a, en outre, publié, cette année, un recueil de poésies :


Salmurinn_um_Glimmer- Sálmurinn um glimmer (2010: Salka)


Par ailleurs, le Théâtre national islandais vient d'acquérir les droits de sa première pièce de théâtre, qui sera jouée dès l'automne 2011.

 


Afleggjarinn_bisRosa candida d’Audur Ava Ólafsdóttir, chez Zulma, roman traduit de l'islandais par Catherine Eyjólfsson. Paru le 19 août 2010. 352 pages. 20,5 €. ISBN : 978-2-84304-521-9. Titre original : Afleggjarinn.

 

 


© Crédit photo : le portrait d’Auður Ava Ólafsdóttir est signé Einar Falur Ingólfsson.


 


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