Ex-libris et Polaris

Choix littéraire totalement subjectif, la plupart du temps issu d'une irrésistible poussée vers le cercle polaire... et autres sujets beaucoup plus futiles.

28 mai 2012

Le camion

Le camionLe Camion (« Lastbilen », 1967) de Per Wahlöö, traduit du suédois par Philippe Bouquet. Paru le 2 mai 2012 chez Payot & Rivages (collection Rivages/Noir). 368 pages. 9,65 €. ISBN : 2-7436-2355-1.

Après la parution des dix opus du Roman d’un crime de Maj Sjöwall et Per Wahlöö, les éditions Payot & Rivages ont entrepris de publier en poche les romans de l’auteur disparu en 1975 et qui, avec sa compagne, a été l’un des pères fondateurs du polar suédois. La saga de l’inspecteur Martin Beck s’étendit sur dix enquêtes, de Roseanna en 1965 aux Terroristes en 1975. La production des treize romans de Per Wahlöö en solo débuta, elle, dès 1959 pour s’achever en 1968.

Nous avions eu droit à un premier tir groupé avec le diptyque du commissaire Jensen, en novembre 2010, via Meurtre au 31e étage (Mord på 31 :a Våningen, 1964) puis Arche d’acier (Stålsprånget, 1968); l’éditeur vient de publier, en ce mois de mai, le second roman de l’auteur né en 1926 à Götegorg et mort à Stockholm peu avant ses 49 ans.

Le Camion (Lastbilen, 1962) nous conduit tout droit vers la chape de plomb de l’Espagne franquiste des années 1960. Willi Mohr, originaire de Dornburg, a fui la RDA et entrepris de se mettre au vert pour peindre. Direction l’Espagne côtière, là où d’autres Scandinaves ont établi leurs quartiers catalans.

Willi partagera le quotidien de Dan et Siglinde Petersen, couple norvégien établi ici depuis deux ans. Durant quatre mois et six jours, sous le même toit du Barrio San Jofre, la vie s’écoulera tranquillement, entre les rasades d’alcool au village, les sorties en mer et les baignades. Pendant que Willi goûte à l’oisiveté, Dan, écrivain, essaye d’accoucher de quelques textes, sous le regard de Siglinde, muse sensuelle et timide. Jusqu’au jour où le couple disparaît en mer. Willi Mohr comprend vite que ses amis ont été pris dans les filets des pêcheurs locaux, les frères Ramon et Santiago Alemany…

Entre culpabilité et vengeance, entre aveux et non-dits, entre les silences pesants du franquisme et une résistance républicaine qui tente de s’organiser, Per Wahlöö progresse sur un fil. Il tisse, comme toujours, la trame sociale de son temps, en écorchant ici la police inquisitrice et omniprésente de la dictature.

Les allées et venues du peintre allemand, de la maison montagneuse du Barrio San Jofre au poste de police du village côtier catalan, rythment une fin de roman à l’humidité pénétrante et à l’odeur de poisson rance et de tripailles. Les huis clos avec le Sergent Tornilla, ancien de la Division Azul, se jouent des frontières du manichéisme. Face aux virages de tous ces destins, l’omniprésent camion, un Fiat Camioneta modèle 1931, finira malgré tout par aller tout droit.

Une fois de plus, l’auteur s’est abondamment nourri de la réalité pour camper cette noire fiction. Per Wahlöö, viré de l’Espagne franquiste en 1957 après y avoir écrit son premier roman (Himmelsgeten, publié en 1959 et réédité en 1967 sous le titre de Hövdingen), ne peut, une fois de plus, que maîtriser au mieux son sujet. Et on embarque dans ce Camion, sans jamais vraiment en redescendre.

 

 

 

 


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