Ex-libris et Polaris

Choix littéraire totalement subjectif, la plupart du temps issu d'une irrésistible poussée vers le cercle polaire... et autres sujets beaucoup plus futiles.

01 juillet 2012

Denoël s’attaque à la sulfureuse autobiograhie de Karl Ove Knausgård

Karl Ove Knausgård

Attention, phénomène. Sous le titre de La Mort d’un père, les Éditions Denoël s’apprêtent à publier, le 13 septembre 2012, le premier des six tomes de l’autobiographie de Karl Ove Knausgaard (Knausgård en norvégien) qui a fait vibrer la planète éditoriale norvégienne.

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Écrire 3.622 pages sur sa propre vie à un peu plus de 40 ans, les publier rapidement en six tomes (entre 2009 et 2011) et titrer l’œuvre Min Kamp (Mon Combat) comme le fit en 1924 un apprenti dictateur moustachu derrière les barreaux de sa cellule bavaroise de Landberg, cela suscite son pesant de curiosité.

Ce n’est néanmoins pas tant pour son titre que le roman autobiographique de Karl Ove Knausgaard a suscité un intérêt incroyable lors de sa publication en Norvège en 2009. Mais pour la question qu’il soulève. Sous prétexte de sincérité, peut-on tout dire, tout écrire, jusqu’à déballer le linge sale de sa famille, pour en faire un projet littéraire ? « C’est de la littérature de Judas », répondirent à cette question quatorze membres de sa famille qui se répandirent dans la presse pour confier tout le mal qu’ils pensaient de cette entreprise. Et voilà comment la littérature norvégienne a découvert qu’un auteur pouvait « scandaleusement » mettre sa propre vie en scène - jusqu’au lavage de son linge - dans ses romans, quitte même à éclabousser son entourage dans ses pulsions autofictionnelles.

Alors, Karl Ove Knausgaard, un Judas ? Celui qui, pour la petite histoire, fut consulté pour une traduction de la Bible en Norvégien, se voit davantage dans la peau d’un Faust qui aurait sacrifié ses amis et jusqu’à son ex-épouse pour ce pacte avec sa littérature-vérité.

Le fait est qu’en se racontant dans le détail, en allant jusqu’à provoquer une rupture avec une partie de sa famille paternelle furibonde de ce déballage, en revisitant l’âme d’un père perdu dans ses errements alcooliques quasi suicidaires, Karl Ove Knausgaard, père de trois enfants et écrivain, a fait bouger quelques lignes d’écriture. « C’est sans nul doute son rapport sans concession à la réalité qui a valu à Karl Ove Knausgaard les gros titres des journaux norvégiens et a incité la presse à aller chercher ses anciens camarades de classe, professeurs, dealers et petites amies pour leur demander si les choses s’étaient réellement passées comme il le raconte », expliqua ainsi la presse danoise, en pleine rentrée littéraire 2010.

Le feu de paille du scandale fut néanmoins rapidement éteint par les faveurs des critiques et du public. Au point même de constituer un phénomène éditorial sans précédent en Norvège et de décrocher le must des prix littéraires norvégiens, le Prix Brage 2009. Beaucoup de lecteurs se sont identifiés à ce style direct unique, douloureux, déchirant – à l’instar du passage de la mort du père dans le premier volume. De la mort, il est en effet question… et de la vie surtout dans le reste de cette œuvre monumentale dont les droits des quatre premiers volumes tirés à 200.000 exemplaires ont été achetés dans seize pays. On comprend le phénomène quand on sait que, dans cette Norvège aux 5 millions d’habitants, ce sont 450.000 exemplaires de la série qui ont été écoulés !

C’est que l’identification fonctionne. A travers son enfance et les souvenirs de sa vie privée ancrés en Norvège, l’auteur a voulu porter un message universel sur les sentiments humains. Karl Ove Knausgaard indique même que « ce projet identitaire » a été bien moins de se raconter au travers de souvenirs pas toujours fidèles que de nourrir un projet littéraire voué à la vérité mise à nu. Cette quête absolue, en une forme de récit hyperréaliste où tout doit être dit, écrit, offre toute sa force au récit. Coller au plus concret des détails du quotidien, jusqu’à les répéter inlassablement, comme pour exorciser la réalité, en somme.

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Min Kamp totale

> Bio. Né à Olso, le 6 décembre 1968, Karl Ove Knausgaard vit aujourd’hui à Malmö, en Suède, avec son épouse et ses trois enfants.

Après ses études littéraires à Bergen, il a publié sont premier roman à 30 ans. En 1998 paraissait en effet Ute av Verden (Hors du monde) qui lui valut le Prix de la critique norvégienne. Jamais, avant lui, un premier roman n’avait décroché cette distinction. Dans ce premier ouvrage, sorte de Noce Blanche à la sauce norvégienne, il campe un professeur remplaçant qui tombe amoureux d’une élève de 13 ans.

En 2004, son second roman, En tid for alt (Un temps pour tout) fut nommé au très prestigieux Prix de littérature du conseil nordique. Dans cette fiction, le narrateur entreprend d’écrire un livre de référence sur l’histoire des anges en puisant son inspiration dans un le traité d’un théologien du 16e siècle qui aurait rencontré un couple d’anges quand il était jeune…

Min Kamp a paru en six volumes, entre 2009 et 2011 chez Forlaget Oktober. La Mort d’un père, premier tome de Min Kamp, est annoncé le 13 septembre 2012 chez Denoël, collection « Denoël & d’ailleurs ». Traduction : Marie-Pierre Fiquet (25 €). Dans ce premier de la série, le lecteur fait connaissance avec Karl Ove Knausgaard, dans la peau d’un lycéen de 16 ans qui sera confronté à la mort de son père alcoolique. Premier roman de Karl Ove Knausgaard publié en français, il sortira simultanément en Espagne à la rentrée.

> Pour aller plus loin. Frédéric Aceituno des Éditions Denoël, nous sert une vidéo toute chaude (ce 28 juin) d’une rencontre entre Nathalie Proth, attachée de presse chez Denoël, et Karl Ove Knausgaard.

- A la veille de la parution du sixième et dernier tome de Min kamp, Karl Ove Knausgaard, était à la Maison de la littérature à Bruxelles, en novembre 2011 pour le lancement du premier opus en néerlandais. A lire ici.

- Le 16 septembre 2010, l’article paru dans le journal danois Politiken a été repris dans Courrier international : lire ici.

© Photo Astrid Dalum et Forlaget Oktober 


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