Ex-libris et Polaris

Choix littéraire totalement subjectif, la plupart du temps issu d'une irrésistible poussée vers le cercle polaire... et autres sujets beaucoup plus futiles.

30 octobre 2009

La faculté des rêves

La_facult__des_r_vesJe me rends compte que j’avais oublié de poster ce détour scandinave (on ne se refait pas) à ne surtout pas manquer en cette rentrée littéraire décidément pétrie de talents féminins. Derrière la couverture rose de la collection Cosmopolite de chez Stock, paradoxe du féminisme poussé à la démesure, rien n’est vraiment de cette couleur avec Sara Stridsberg. Dans « La faculté des rêves », l’auteure suédoise, 37 ans,  réalise un exercice littéraire de haut vol en signant cette biographie de Valérie Solanas, crue, d’une noirceur sans nom, muée en fiction empathique. Le rose poisseux nous accompagne dans les limbes d’un destin maculé de désespoir.  « Luminescente de désespoir », comme l’écrit d’ailleurs Sara Stridsberg. Derrière la couverture, l’envers a la couleur « rose des barbituriques ; le rose du vieux vomi » ; c’est le rouge à lèvre rose qui déborde sur les dents et celui des flamants qui percent le ciel d’Alligator Reef.  « La faculté des rêves » se nourrit de cette capacité à transformer en poésie onirique un univers pesant qui suinte l’odeur de pisse, de sang et les relents d’amphétamine. 

Sara Stridsberg explore les paradoxes de Valérie Solanas (1936-1988), « pute intellectuelle droguée, misanthrope utopique » connue pour avoir, le 3 juin 1968, tenté de tuer Andy Warhol de trois balles de calibre 32. Connue également pour son engagement ultra-féministe. Elle laissa son manifeste à la postérité, le SCUM Manifesto, dont l’acronyme cache une invitation à émasculer toute la gent masculine (Society for Cutting up Men Manifesto), rien de moins. Mais non sans quelques fulgurances comiques : « S’ils ont réussi à envoyer un homme dans la Lune, pourquoi ne pas les y avoir tous envoyés », se demande Solanas, en ce jour historique de juillet 1969.

Chez cette féministe « prédestinée à être une fille sans avenir », la haine qui rend Solanas si pathétique trouve ses racines dans l’enfance  : violée à 7 ans par son père, battue comme le fut sa mère Dorothy, l’adolescente qui s’enfuit de son désert géorgien de Ventor à l’âge de 15 ans ne pourra jamais se défaire de ses démons. Cosmogirl, Silkyboy, le professeur Robert Brush ou la docteure Ruth Cooper qui croiseront sa triste route n’y pourront rien.

Totalement déconstruit en un puzzle fait de dialogues, de narrations et de digressions, le parcours a tout d’un stroboscope de l’underground new-yorkais qui décompose sa vie en allers et retours entre son procès en assises, ses pages d’étudiante brillante à l’université du Maryland ou ses années en hôpital psychiatrique. Cet étonnant roman se termine comme il a commencé. Solanas meurt seule dans la chambre sordide du « Bristol Hôtel » de San Francisco, où s’échoue la misère en putréfaction, nous libérant d’une lente et puissante agonie de 411 pages.

Couronné (mot approprié avec 350.000 Couronne danoises de récompense) du prestigieux Grand prix de littérature du Conseil nordique en 2007), le propos de Sara Stidsberg tutoie le chef d’œuvre, tout autant que la narratrice pratique la seconde personne à son aise en s’adressant à Valérie Solanas. Sara Stridsberg joue sur le fil de la fiction et de la réalité et l’on se demande si elle n’est pas tout compte fait cette narratrice « ensorcelée par le paradoxe Solanas », admirative de son travail et de son courage, jusqu’à lui tenir la main à l’heure de son dernier souffle :

Valérie : - Rentre chez toi, et termine ton roman, là.

La narratrice : - Il est à chier, le roman.

Sur fond d’histoire américaine des années 1940 à 1980, on entend presque la musique du Velvet Underground et même Lou Reed nous chanter bien plus tard ce « I Believe » : Valérie Solanas, prend l’ascenseur pour la 4e étage de la factory pour tirer sur Warhol. Ni l’un ni l’autre n’échapperont à une demi-mort. C’est d’ailleurs tout l’art et le talent de Stridsberg de nous faire basculer dans un autre monde dont on ressort épuisé.  Quasiment tout autant que la Suédoise Sally Bauer, première femme scandinave à avoir traversé la Manche à la nage, héroïne du premier roman de Sara Stridsberg (« Happy Sally » en 2004), roman qui n’a toujours pas été traduit en France.

« La faculté des rêves » de Sara Stridsberg (traduction : Jean-Baptiste Coursaud),  Stock (collection Cosmopolite), 26 août 2009, 432 pages, 22,50 €, ISBN : 978-2-234-06114-9).

10 mai 2009

Le Géant

Le_G_antQue peut bien foutre un ado de 16 ans, l’été à Kajaani ? Rien. Alors Taneli l’a échappé belle.  Fils de pasteur et d’infirmière scolaire, il serait parti pour tondre la pelouse du cimetière de cette ville-garnison du centre-est de la Finlande si Mona n’était entrée dans sa vie. Entre ce job d’été et la perspective de partir à New-York avec une bombe sexuelle, que croyez-vous que Taneli allait choisir ?

La question ne se pose même pas quand on est hypnotisé comme tous les garçons de son lycée par l’image de Mona Ukkola posant nue dans un magazine porno. C’est que la minette - qui se verrait bien en haut de l’affiche dans la peau d’une pointure finlandaise de la mise en scène de théâtre - a bien dû arrondir ses fins de mois, en Ukraine. De retour en Finlande, la pige de Mona pour encadrer le club théâtre du lycée ne durera qu’un temps : son rêve, elle veut le décrocher à New-York, lors du séminaire de théâtre du grand Larry Vicario.

Il faut à ce paquet de nerf un projet à la mesure de Vicario, un truc énorme pour croquer « big apple ». Où trouver ce King-Kong dominant le monde du haut de l’Empire state building ? Ce géant qu’elle traîne sans peine au cours de théâtre, ce sera bien entendu Taneli, 227,5 centimètres et 135 kg, le plus grand individu de Finlande. Quelle fratrie d’ailleurs chez ces Kajanus quand on sait que sa sœur Anna culmine à 207 centimètres avec une pointure de 48 : « Quand elle monte sur la balance de la piscine, l’aiguille indique 90 kg. Un fil de fer pourtant ! »

Bref, Mona va embarquer (manipuler ?) son géant dans son aventure new-yorkaise. Taneli va pouvoir s’offrir un voyage initiatique de première avec ses petits bonheurs et ses grandes épreuves. Avec un fait d’armes : son dépucelage, en remplaçant au pied levé (c’est le cas de le dire) un hardeur sur un film porno. Mais quelle frustration pour « Dan the Giant » : l’amour (physique) avec Mona n’aura duré que le temps du tournage ! Beaucoup moins évidente sera la quête du GRAND amour avec cette peste de petite bombe de 24 ans. De quoi beaucoup apprendre sur les autres et, surtout, sur soi-même. «  Mes enfants si grands sont plus près que moi de Dieu », songe le père pasteur (p.96). « Je serais mieux dans l’espace », se dit parfois son grand dadais de fils, dont l’un des défis consistera à trouver un jean en prêt-à-porter à sa taille à New-York. A l’impossible nul n’est tenu. « Taneli jette un coup d’œil au ciel ; il reste encore de la place » (p.286).

On n’est certes pas en présence d’un chef d’œuvre absolu, mais l’écriture vive et directe de Riikka Ala-Harja nous offre une récré sympa. Ce que l’auteure finlandaise désormais installée en Normandie fait dire à Mona Ukkola (p.39) colle plutôt bien à l’exercice de son troisième roman : « De l’observation naît l’imagination, c’est ainsi qu’on parvient à construire un univers émouvant et sans artifices ». Dépoussiéré de quelques poncifs et de clichés dont Riikka a pourtant assez de talent pour se passer, le roman aurait gagné à concentrer la substantifique moelle de la relation entre Taneli et Mona : dommage, elle qui rêverait de grandeur et lui qui voudrait se fondre dans le moule du monde offraient une matière de premier choix !  Un peu dans la veine de « Tom Tom Tom », Prix J.H. Erkko, nominé pour le prestigieux prix Finlandia, dans son pays d’origine, en 1998. Hélas, autant on continue d’applaudir son processus créatif, autant sa narration manque cette fois de relief.

Les fidèles de l’auteure quadra (née en 1967 à Kangasala, en Finlande) retrouveront néanmoins avec bonheur ses thèmes chers, l’apprentissage, la famille, la différence ; toujours, ce voyage entre ses racines finlandaises, à quelque mètres de l’étrange voisin russe, et l’état d’âme de l’exil. Les personnages décalés - comme Ida dans son précédent roman et Kokko dans « Tom Tom Tom » - restent la meilleure marque de fabrique de la littérature nordique contemporaine. Après « Tom Tom Tom » (2003) et « Reposer sous la mer » (2004), voici son troisième volume paru en France chez Gaïa. La maison des Landes aux pages roses pourrait d’ailleurs au moins nous gratifier de la traduction de son premier roman (« Trip »), toujours pas édité en France. Riikka Ala-Harja partage sa création entre l’art contemporain, la littérature, le théâtre et des scénarios de bande dessinée pour l'illustrateur Matti Hagelberg (chez l’indépendante maison d’édition l’Association), l’une des chefs de file de la BD scandinave. De l’art de courir plusieurs lièvres (de Vatanen) à la fois…

·         « Le Géant » de Riikka Ala-Harja, paru le 4 février 2009 chez Gaïa. 299 pages.  ISBN : 978-2-84720-134-5. 21 €.

   

02 avril 2009

Roseanna

RoseannaDevant notre train lancé à vive allure, passent parfois des gares que l’on voit sans vraiment les regarder. A moins que ce ne soit l’inverse, des trains qui tracent et personne dans les gares pour nous crier de nous arrêter. D’autres stations, au contraire, surgissent dans cet incessant défilé – sans crier gare – parce qu’un signal nous happe. Mais le train est déjà loin. Vouloir raccrocher les wagons du temps est impossible. A moins que l’on décide sciemment de retourner d’où l’on vient en s’offrant le luxe de la contemplation du détail. 

Qu’il me soit permis aujourd’hui d’éructer ma honte, après avoir lu, cet hiver, ces pépites que je n’ai pas pris le temps de chroniquer. En tête de liste, il convient avant toute chose de saluer la réédition en poche de la série policière des Suédois Maj Sjöwall et Per Wahlöö, chez Rivages/Noir. La collection des éditions Payot et Rivages a entrepris là un excellent travail : nous faire revivre dans des bouquins de poche bien fichus, les aventures de Martin Beck et de ses collègues du Bureau central d’enquêtes à Stockholm. Six des dix merveilles ont ainsi reparu en pile un an, dont deux belles tranches en février dernier (1), le tout dans des traductions entièrement revues à partir des originaux suédois. De la très belle ouvrage. 

Pour situer l’intérêt de cette série de dix romans écrits entre 1965 et 1975, disons que le couple Sjöwall-Per Wahlöö pourrait légitimement revendiquer la paternité du roman policier suédois tel qu’on le connaît aujourd’hui. Après les énormes succès de ces dernières années (dont la trilogie qui a fait la fortune d’Actes Sud), il est toujours très intéressant de revenir aux fondamentaux : la recherche minutieuse du détail, les mécanismes éprouvés du crime et de l’enquête, la psychologie des personnages et cette empathie d’une redoutable efficacité envers les enquêteurs. Pour reprendre une formule caractérisant notre inspecteur principal du bureau des homicides, voici ce qui caractérise notre héros, Martin Beck, entré à 21 ans dans la police, marié et père de deux enfants, traits qu’il nous confie en personne dans « Roseanna » (pp. 63-64) alors que l’enquête piétine : « Rappelle toi que tu possèdes les trois qualités les plus importantes, indispensables à un policier, se dit-il, tu es têtu, tu es logique et tu es d’un calme absolu ».

« Roseanna » (publié pour la première fois en France en 1970 chez Planète) a ouvert en 1965 cette décennie d’enquêtes. Le roman dénoue le flou qui entoure la mort d’une inconnue dont le corps est retrouvé dans un canal situé proche de Motala (Suède). Roseanna McGraw, 27 ans, bibliothécaire à Lincoln (Nebraska) voulait s’offrir une escapade dans le nord de l’Europe, mais son retour du cercle polaire a tourné court. Dans le dédale d’écluses des canaux qui relient les grands lacs, pendant sa traversée centrale de la Suède, la jeune américaine va vivre son dernier été. Voici donc l’entrée en scène de Martin Beck, de Kollberg, l’ancien para, et de toute l’équipe policière qui achèvera cette première aventure dans une course haletante contre la montre. 

« Un criminel est un être humain normal, à ceci près qu’il est plus malheureux et moins bien adapté que les individus normaux », peut-on lire dans « Roseanna ». On mesure la finesse des lignes tracées par le couple suédois qui s’ingénie à saupoudrer ses romans de ces petits détails du quotidien (le temps qu’il fait, les actions qui se répètent, la routine du travail etc), donnant une prise supplémentaire au réalisme de ses enquêtes, avec une fibre sociale évidente. 

Maj Sjöwall est née à Malmö en 1935 et écrit toujours. Per Wahlöö, né en 1926 à Göteborg, nous a quittés en 1975. Ils se sont rencontrés lors de la collaboration à un magazine et se son mariés en 1962. De « Roseanna » (1965) au dixième volume « Terroristerna » publié après la mort de Wahlöö, le couple aura été un témoin de choix des changements économiques, sociaux et politiques, dans cette Suède en apparence prospère des années 1960, mais pour laquelle ils s’attacheront à montrer un étonnant envers du décor : le passage, en somme, d’un certain modèle social… aux premières entailles du libéralisme. A quand les quatre prochaines parutions ? 

  • « Roseanna », par Maj Sjöwall et Per Wahlöö, traduit de l’anglais par Michel Deutsch, Rivages/Noir (2 avril 2008), 312 pages. Poche. 9 €. ISBN : 2-7436-1804-3 

(1)   Rivages/Noir a ainsi réédité « Roseanna » (2 avril 2008) ; « L’homme qui partit en fumée » (2 avril 2008) ; « L’homme au balcon » (5 novembre 2008) ; « Le policier qui rit » (5 novembre 2008) ; « La voiture de pompiers disparue » (11 février 2009) ; « Meurtre au Savoy » (11 février 2009) plus connu sous le nom de « 22, vl’a des frites ». 

   

10 mars 2009

Les hommes pressés

Home_dualite_revue_culturelleDualité est une revue culturelle faisant dialoguer des écrits et des images de contributeurs d’horizons divers autour de thématiques afin de créer des émotions et des interrogations par l’opposition ou la complémentarité.

Après « La femme bleue » (numéro 2), dans son numéro trois à télécharger gratuitement (ICI), je vous invite à découvrir « Les hommes pressés », ce petit peuple éphémère du Svalbard né dans je-ne-sais quel endroit de mes rêves - pp 45 à 48 (89 à 96). Petit conseil : en téléchargement version légère c’est plus rapide ! Bonne lecture.

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27 février 2009

La naine et Le Grand

La_naine_du_TsarComment étancher une insatiable soif d’épopée dans le nord de l’Europe ? Comment nourrir une ultime fois sa faim de grand froid, de neige et de voyages en traineau, avant de goûter au printemps qui pointe ses premiers rayons ? Ouvrez de ce pas le dernier roman du Danois Peter H. Fogtdal. Ce sympathique prof d’histoire qui crapahute entre son pays et les États-Unis (ici son blog) nous offre, avec « La naine du tsar », un roman épique de belle facture.

Sur fond de Grande-guerre du Nord, entre Danois et Russes alliés contre la Suède, il est question d’hégémonie sur la mer baltique. La naissance d’un Saint-Pétersbourg sortant artificiellement des marécages est aussi fraîche que les empreintes des loups dans la neige. Mais ça sent méchamment la fin du tsar Pierre le Grand et de Frédéric IV version Danemark-Norvège, pendant que le grand livre d’histoire de Copenhague se consume dans le gigantesque incendie de l’automne 1728. C’est d’un voyage passionnant dans l’histoire du nord de l’Europe, à son tournant du XVIIIe siècle, dont il s’agit en effet. 

Nous sommes donc au Danemark, à la cour de Frédéric IV. Sa majesté est le monarque le plus riche d’Europe, « si lourdement assis sur sa cassette qu’il en a le cul aplati », de la bouche même du duc Menshikov, le numéro un du tsar de Russie. Mais tout à côté des ors du royaume, le vieux Copenhague sort à peine du moyen-âge et la peste ne pardonne rien aux gueux englués dans les entrailles de la cité. 

La saga que nous conte avec une verve délicieuse (et au prix d’un évident travail de documentation) Peter H. Fogtdal est attachée au destin de Sørine. Le parcours chaotique de cette naine vive, érudite, à rebrousse-poil et blasphématoire, va nous conduire à ses dépends de Copenhague à Saint-Pétersbourg, du Koenigsberg d’alors (actuelle enclave russe de Kaliningrad) à son nouveau destin. Peter nous trimbale ainsi dans une sorte de boucle initiatique avec comme trame une belle réflexion entre le bien et le mal, à la croisée des questionnements entre religion, croyance, sorcellerie ou autre superstition. Avec le scepticisme religieux comme fil rouge.

La petite Sørine Bentsdatter vit avec son gueux dans les bas-fonds putrides de Copenhague et, pendant que ce dernier pourrit littéralement dans son dernier souffle, la naine se fait scandaleusement repérer à la cour de Frédéric IV, en pleine visite danoise de Pierre le Grand. Les sbires de Frédéric IV s’étaient imaginé que la naine aurait une fonction de premier choix au banquet, façon bouquet final sortant du gâteau surprise. Sørine n’était pas vraiment pourcette idée de bondir hors d’un gâteau, déguisée comme la plus petite putain du monde, afin d’éructer à la tête du tsar ces mots en russe appris par cœur. D’abord silencieuse, toisant toute la cour intriguée, elle va se mettre à danser, va subir des lancer de prunes… avant de s’immobiliser devant Piotr :  « Tu es la naine la plus hideuse que j’ai vue dans ma vie, dit-il. Je rougis, et le tsar me donne un baiser sur la bouche ».   

Pierre Le Grand nourrit depuis pas mal d’années une passion pour ces petits hommes qu’il héberge dans une maison toute à leur taille, à Saint-Pétersbourg… et que lui, ou Catherine, appellent quand ils y pensent pour les divertir. Pendant que les grands refont la carte de la Scandinavie (pour récupérer les pays de la Scanie « Danois et Moscovites sont alliés, ils préparent le débarquement des troupes en Suède pour tenir en respect le roi guerrier Charles XII »), Frédéric va offrir la naine au tsar. Ainsi, Sørine va-t-elle devenir Surinka et découvrir, dans sa nouvelle maison de Liliputy à Saint-Pétersbourg, Lucas, le nain préféré du Tsar. L’intelligente petite bonne femme ne tardra pas à l’éprouver de toute sa souffrance : « Les Russes pleurent souvent, c’est un peuple de bourreaux mélancoliques ». 

Née « pour être un caillou dans la chaussure des nobles », qu’elle se fasse exorciser dans un monastère russe ou engeôler parmi d’autres semblables difformes dans un cabinet de curiosité (ha, quel horrible « cabinet d’objets d’art » !), Sørine n’est en fin de compte pas seulement prisonnière de son corps. Elle devra se défaire de ses chaînes, s’évader, pour espérer mieux se retrouver.   

Prix littéraire des Ambassadeurs francophones du Danemark en 2005 pour « Le front Chantilly », Peter H. Fogtdal nous entraîne dans une quête des racines. Il s’aventure avec talent dans les fonds insondables de la différence, en un roman qui aurait certes mérité d’être un peu plus court et tonique. Il touche néanmoins à l’excellence.

Ø  « La Naine du Tsar », de Peter H. Fogtdal, traduit du Danois par Anne Charlotte Struve, paru chez Gaïa le 26 juin 2008 (ISBN : 978-2-84720-120-8). 349 pages, 22 €.

   

22 février 2009

Doppler, l'élan du cœur

DopplerPère de famille à la vie soigneusement rangée, est-il vraiment fait pour cette maison d’une zone pavillonnaire bobo d’Oslo sur laquelle veille son épouse modèle ? Andréas Doppler va en tout cas basculer dans un autre monde. Basculer, au propre comme au figuré. Une belle gamelle à vélo en forêt et Doppler, sous le choc de la mort récente d’un père qu’il n’a pas connu, va s’offrir un magistral court-circuit. 

Le voilà parti en croisade. Sa guerre, il la livre contre toute cette application déployée par ses congénères à rendre la vie parfaite et uniforme… le comble du crétinisme, pense-t-il. Marre de tous ces gens qu’il déteste ! Doppler s’organise une sylvestre retraite dans la forêt qui domine la ville. 

Est-il un simple d’esprit comme son compatriote Elling, ou un révolté, voire tout simplement « un homme raté de son temps ou bien juste un homme de son temps raté » ?  Notre antihéros, comme aime à les façonner l’auteur norvégien Erlend Loe, n’a de cesse de clamer sa logique : « Se maintenir en Norvège ne donne pas une vision correcte du contexte mondial ». Il lui faut sortir coûte que coûte de ce cocon propret pour affronter le monde réel.

Révulsé par les émissions télé enfantines abêtissantes assénées à son fiston Gregus et à des années lumières de son ado de fille, Nora qui est hypnotisée par l’univers elfique de Tolkien, Andréas Doppler bat en retraite. Mais la solitude a ses limites : il va se retrouver flanqué d’un élan qu’il baptisera Bongo et croisera la route de ces personnages toujours aussi cocasses de l’inventif  Loe : Düsseldorf, qui voue la fin de son existence à reconstituer en miniature la ville belge où son père (soldat allemand) a succombé d’une balle en pleine tête pendant l’offensive des Ardennes en 1944 ;  Bosse Munch, « le mec de droite » et son clébard qui croisent de trop près sa tente forestière ; ou encore Roger Dacier, le voleur qui éjacule à tous vents. 

Mais ces sept mois d’une chronique hivernale échevelée devront bien s’achever au printemps. C’est du moins l’avis de madame Doppler. Enceinte elle devra donner, en mai, naissance à son troisième enfant. A cette date, Andreas Doppler devra en finir avec sa fugue bucolique : tel est l’ultimatum que lui assène son « beauf » de beau-frère. Doppler, lui, s’est mis en tête d’élever un totem en hommage à « l’univers dopplerien » et, plus il avance, rejoint par son fils Gregus, plus prend forme le chemin marginal de son exil.

Ecrit en 2004,  suivi l’année suivante de « Volvo Trucks » qui nous conte d’autres aventures d’Andreas Doppler, ce douzième roman d’Erlend Loe est un régal. Décalé, drôle, caustique, cet assemblage de personnages pittoresques (à l’instar de ceux que croisera Julie dans « Muléum »)  offre une remarquable récré au lecteur. Et quelques pistes de réflexions sur la liberté, le troc, l’indépendance… voire la connerie de ceux qu’on aimerait tant fuir, nous aussi, toute l’année, avec le même courage que Doppler. Oui, on se prend à jalouser la douce folie d’Andreas.

Comme souvent, la traduction de Jean-Baptiste Coursaud sert au mieux l’œuvre (même s’il a un peu abusé cette fois du « nonobstant »). Dommage que l’édition de Gaïa  (mars 2006) soit truffée de coquilles. Pourvu que la sortie en poche chez 10-18 soit dépoussiérée de ces défauts indignes d’une belle maison comme Gaïa. On ne peut que louer en tout cas la librairie Mollat qui consacre opportunément l’un de ses derniers coups de cœur à la réédition en poche de « Doppler » (honoré via la plume de Blandine Daurios).

Ø  « Doppler », d’Erlend Loe. Traduit du Norvégien par Jean-Baptiste Coursaud. Paru le 17 mars 2006 chez Gaïa (202 pages, 19 € - ISBN : 2-84720-071-1) et le 22 janvier 2009 chez 10-18 (202 pages, 7,40 €).

   

16 décembre 2008

Elling

EllingJ’habite seul avec maman, dans un très vieil appartement… Et puis paf, c’est tout ! Là s’arrête la chanson d‘Aznavour. Peu de temps après que sa mère a passé l’arme à gauche, Elling, gentil demeuré de 34 ans, a fait l’objet de toutes les inquiétudes du voisinage qui a fini par lui envoyer la police. A en juger du moins par l’odeur distillée par son capharnaüm d’appartement, les services sociaux n’ont pas tardé à orienter ce grand enfant - jamais loin d’une crise d’angoisse quand on touche à ses petites habitudes - dans un établissement psychiatrique de Brøynes. C’est là, dans ce qu’il s’imagine être «un hôtel de cure du plus grand standing » (sic, page 88) que notre simplet à l’anxiété vomitive va être flanqué, à ses dépens, d’un grand escogriffe peu loquace.

Parachuté dans la chambre de ce boulimique au grand cœur, Elling va finalement apprendre à connaître (et à aimer) Kjell Bjarne, sympathique montagne « à la comprenette un peu lente » ; un tendre type beaucoup plus prompt à dénicher du nichon dans des magazines cochons qu’à oublier Petter, son ancien copain de chambrée. Une grande amitié va évidemment naître entre les deux gaillards.

Première traduction française d’Ingvar Even Ambjørnsen-Haefs - Ingvar Ambjørnsen de son nom de plume -, « Elling » est la seconde œuvre de la tétralogie éponyme publiée par l’auteur norvégien, objet d’une belle admiration dans son pays et aujourd’hui installé en Allemagne. Choix curieux de la part de Gaïa d’ailleurs, qui a escamoté « Utsikt til paradiset » (1993), première pièce de cette tétralogie, sachant que c’est par ailleurs le troisième volume « Brødre i blodet » (1996) qui a inspiré le film de Petter Naess. Ce dernier campe, lui, nos deux compères partis vivre en appartement à Oslo. Pour la petite histoire, cette entrée que nous propose Gaïa dans le petit monde d’Ambjørnsen date de 1995. Le livre (titre original : « Fugledansen ») fut cette année-là couronné - terme norvégien s’il en est - du Brakeprisen, qui est à la littérature norvégienne ce que ne sera jamais le Goncourt à la littérature française… une référence crédible.

Que dire, justement, du traitement littéraire réservé à Elling et à sa kyrielle de personnages ? D’abord qu’il s’agit, une nouvelle fois, d’un modèle de narration à l’instar de l’art exercé par Erlend Loe (précédent post sur « Muleum) dans le domaine. Y-a-t’il une spécificité narrative norvégienne ? Toujours est-il qu’Ambjørnsen nous transporte très efficacement (avec cette sobriété qui caractérise par exemple son site officiel) dans les limites du cerveau d’Elling. Du coup, son anti-héros recèle ce pouvoir d’aller chercher je-ne-sais quelle trace exploratoire des souvenirs de notre enfance. Il nous fait aussi étrangement penser au fameux petit Gil né sous la plume d’Howard Buten.

Evidemment, à moins de connaître sur le bout des doigts l’histoire de la social-démocratie norvégienne et en particulier la biographie de Gro Harlem Brundtland (première femme ministre d’État en 1980 en Norvège) à qui Elling voue un véritable culte, on sent qu’une bonne trame nous échappe. A l’évidence, tout Norvégien quadra normalement constitué doit savourer comme il se doit ce bain de « revival » des années 1980 à la sauce travailliste. Même si l’on ne maîtrise pas le Norvégien, on mesure assez facilement, en outre, le soin apporté à la traduction de Jean-Baptiste Coursaud.

Parti sur des notes très prometteuses aussi graves que désopilantes, « Elling » a hélas mal au ventre. Le flash-back central (retour sur le séjour espagnol du personnage principal avec sa mère à Benidorm) traîne en longueur, si bien que la conclusion qui ne nous ramène que trop brièvement dans l’institution psychiatrique – triptyque aussi déséquilibré qu’Elling en somme - pêche dans sa finition et nous laisse sur notre faim. Une faim qui ne demande, en fait, qu’à être assouvie… par la traduction des autres ouvrages.

Ø  « Elling », d’Ingvar Ambjørnsen. Traduit du Norvégien par Jean-Baptiste Coursaud. Paru chez Gaïa le 10 septembre 2008 (22 €). ISBN : 978-2-84720-124-6.

05 décembre 2008

L'alchimiste islandais

Sjon___Sur_la_paupi_re_de_mon_p_reSigurjón Birgir Sigurðsson alias Sjón est un alchimiste. Pas seulement parce qu’il transforme au fil des pages ses romans en des fables poétiques dignes des grandes légendes de son Islande natale. Mais surtout parce que sa pierre philosophale à lui, aussi fragile qu’elle soit car elle est faite d’argile, touche à la force de nos mythes fondateurs.

Grâce à « Sur la paupière de mon père », son dernier roman paru chez Rivages, l’écrivain puise dans les racines profondes de l’Islande. Il s’aventure jusqu’aux confins des maux de l’Europe, nous offre au passage une vision stroboscopique du monde moderne, et nous transporte tout au bord du précipice du néant, à un rien des trous noirs de l’univers.

Sjón trace ici le destin de Léo Löwe, juif tchèque sorti de l’enfer de Dachau, de retour à la vie. Sur le Goðafoss, le paquebot qui conduit Löwe vers l’Islande, l’homme veille précieusement sur sa boîte à chapeau. Et pour cause, elle contient son trésor : un petit garçon d’argile qu’il entend faire naître à la vie.

Goðafoss, en vérité, est l’une des plus spectaculaires chutes d’eau d’Islande dans laquelle les anciennes idoles de la religion nordique furent précipitées quand le parlement opta pour le christianisme en l’an 1000. On comprend dès lors que le voyage initiatique est une quête mystique. La fable est un bon prétexte pour revisiter le mythe du Golem. Le Tchèque Léo Löwe n’est-il pas la réincarnation du Rabbi Löw, ce rabbin qui a conçu le Golem ? Il porte en tout cas, lui aussi, ce nom issu de « Lion », symbole de la tribu de Yehudah (Juda)… dont la transcription allemande nous renvoie au surnom de « Leib », l’autre nom du rabbin Löw étant Yehudah-Leib.

L’histoire, rite initiatique dont le conteur n’est autre que l’enfant d’argile, campe trois personnages principaux. Léo Löwe, donc, flanqué d’un équipage improbable : Theophrastos Athanius Brown, théologien, noir américain, véritable force de la nature, il fut lutteur à Mexico ; Michaïl Pouchkine, en couverture chef cuisinier de l’ambassade de Russie à Reykjavík, mais en sous-main espion soviétique.

Ces deux-là aideront Léo Löwe à franchir ses passages obligés pour éveiller l’enfant à la vie. Outre le fait qu’il devra apprendre l’Islandais et répondre à de drôles de critères pour jouir de la nationalité islandaise (le parlement acceptera finalement de le baptiser Jón Jónsson au prix d’un drôle de quiproquos), Löwe devra faire face en effet à un tas d’épreuves, comme arracher la dent en or d’un loup-garou !

Après quelques chemins tortueux et parfois des longueurs hésitantes (ô délices de la maîtrise des rythmes nordiques !) le lecteur gagne finalement sa place au paradis de Sjón, dans cette écriture lascive qui se permet des envolées colorées. C’est un bonheur de voir cet alchimiste s’ingénier à nous perdre à la frontière de la légende et de la réalité. Ce quadra ami de Björk qui fut son parolier sur « Dancer in the dark » réussit même à nous faire toucher la grâce dans sa vision de la naissance de Reykjavík. On exulte à la naissance de ce petit bonhomme d’argile, autant que l’on frissonne devant ces mots (p. 211) : « Naître, c’est comme sortir d’une mare au fond des bois et s’allonger au soleil brûlant : le corps se réchauffe subitement, puis on a la chair de poule ».

Ø  « Sur la paupière de mon père », Sjón, paru le 15 octobre 2008 chez Rivages. 217 pages. 18 €. ISBN : 978-2-7436-1862-9.

13 novembre 2008

Tout est bon dans...

Le_roi_oscar

Oscar est un cochon chouchouté. Mais si Oscar est descendu du bateau, la Vesle Mari, sur le sol gelé du Groenland, c’est pour satisfaire un destin peu ragoûtant : s’engraisser pour offrir enfin à Vieux-Niels et Halvor une autre alternative que le bœuf musqué pour les agapes de Noël. Oui, mais le goret va nous semer une belle zizanie entre les deux hommes qui ne resteront pas bien longtemps… copains comme cochon.

Comme dans « Le Roi Oscar » « où Halvor noie sa déception dans le schnaps, et où Vieux-Niels se montre bien imprudent dans ses amitiés », tout est bon chez Jørn Riel. Grâce aux quatre nouvelles recompilées, issues de «La vierge froide et autres racontars» et de «Un safari arctique et autres racontars», les pages roses de Gaïa nous offrent un bref mais si bon aperçu de l’œuvre de l’auteur-aventurier danois. Un joli travail d’édition.

Aujourd’hui âgé de 77 ans, plus de 50 années après son escale scientifique de seize ans au Groenland, le spécialiste des Inuits laisse derrière lui une œuvre immense faite d’histoires joliment troussées. Ces quatre-là illustrent combien la rigueur de Riel, son souci du détail - de la description au scalpel jusqu’aux petits riens qui font les rapports humains - paraît quasi innée. Enfant, Jørn Riel aimait déjà écrire ses fameux « Racontars arctiques», devenus sa marque de fabrique.

Allez, c’est déjà Noël, le bouquin est accompagné du CD des quatre textes lus (vécus serait plus juste) par l’acteur Dominique Pinon. Un bonheur en forme de piège du marketing : évidemment qu’on en redemande, de telles nouvelles livrées avec leur version audio, enfants gâtés que nous sommes !

Savourez votre plaisir, veinards, je vous propose un petit tour sur la 4e de couverture :

« Comment de paisibles trappeurs vont-ils s’y rendre pour faire comprendre à un lieutenant qu’ils n’ont aucune envie de jouer à la guéguerre ? Comment vivre dans une station de chasse près du cercle polaire sans perdre aucun des avantages de la civilisation, et surtout sans se geler les fesses ? Comment passer un hiver à deux dans une cabane de 3 mètres sur 4, en pleine nuit arctique, tout en engraissant un cochon pour Noël ? Comment se débarrasser d’un ours un peu trop affamé quand on a oublié son fusil sur son traîneau au bord de la banquise, à 100 mètres de chez soi ? Jørn Riel nous dit tout des solutions qu’ont trouvées ses héros, les derniers trappeurs des compagnies de chasse qu’il a bien connus là-bas, il y a un demi-siècle. »

Franchement, cette grande bouffée de fraîcheur est un pur plaisir. Un conseil d’ami : offrez vous donc le luxe de lire « Une condition absolue » sur vos tinettes. Vous jubilerez.

Jørn Riel, « Le Roi Oscar », quatre racontars arctiques vraiment pas tristes, destinés à un usage immodéré », paru chez Gaïa (2e édition du 1er octobre 2008), 87 pages; (19 x 13 cm). ISBN : 978-2-84720-127-7 (14,50 €). 

  • On peut lire un excellent entretien de Catherine Argand pour Lire (ICI)

 

01 novembre 2008

Muléum

Mul_umQu’est-ce qui peut finir par donner à un joli brin de Norvégienne de 18 ans une folle envie de survivre quand elle vient de passer plus d’un an à essayer de se suicider ? « Muléum », le sixième roman d’Erlend Loe, offre de belles clés existentielles sur les pages roses de Gaïa.

Est-ce parce qu’il est bientôt quadra que l’écrivain norvégien s’est ainsi penché sur la mort, la maladie, la solitude ? Toujours est-il qu’avec le personnage de Julie, Erlend Loe aborde ces thèmes si épais d’une façon tellement drôle et légère que la lecture du journal intime de Julie en deviendrait quasi jubilatoire. On s’offre même de belles tranches de rires. L’écriture jeune, vive, à la première personne (c’est Julie qui nous parle comme une fille de son âge), y est pour beaucoup et la riche inventivité de l’auteur fait le reste.

Tout commence pourtant par ce terrible SMS d’avril 2005 : « On va s’écraser, je t’aime, fais ce que tu veux. Papa. » C’est ainsi que Julie apprend que son père, sa mère et Tom, son frère, se crashent en avion sur l’Afrique. Prise d’une frénésie d’écriture solitaire, entre un journal intime et un roman exutoire, Julie va donc s’essayer au suicide avec un talent que l’on peut qualifier de minable. Après l’échec de la banale corde, elle mettra pourtant toute son énergie à tenter de retourner contre elle les grands maux du siècle avec une féroce imagination : des caricatures de Mahomet, des voyages en avions pour tenter également le crash, la tête dans un poulailler contaminé au H5N1 en Roumanie… Rien n’y fait !

Ce grand voyage initiatique à travers quatre continents, d’une tonalité des plus originales, est le prétexte à des rencontres d’ailleurs bien en phase avec la tradition picaresque de ce je-ne-sais-quoi d’Espagne présente elle-aussi dans ces pages : Le docteur dingo ; Constance ; le patineur olympique coréen et ses amours fertiles ; Krzysztof, le carreleur polonais épris. En visitant ce « Muléum » universel d’Erlend Loe, au fil des rencontres, le guide de ce drôle de musée nous conduit là où la vie s’accroche vaille que vaille, comme un joli bout de plante nordique qui reprendrait racine dans le sable du désert saharien.

« Muléum » , Erlend Loe, traduit du Norvégien, paru en avril 2008 chez Gaïa. 224 pages - format 13×19 - 18 € (ISBN 978-2-84720-115-4).