01 octobre 2010
Un polar, avec deux glaçons s’il vous plait !
Forts d’une première édition qui avait réuni 3.000 visiteurs à Pau en 2009, ces accros au polar remettent ça. Un aller–retour dans le noir, le festival du polar palois qui inaugure aujourd’hui sa seconde édition, a choisi la Suède comme invitée d’honneur cette année. De ce vendredi 1er au dimanche 3 octobre, l’événement littéraire qui met dix-sept auteurs à l’honneur annonce trois invités suédois et non des moindres : Maj Sjöwall en tête d’affiche, aux côtés de Kjell Eriksson et de Johan Theorin qui étaient mercredi à Paris pour la journée d’étude consacrée au polar scandinave à la BnF.
Parmi les moments forts, rendez-vous samedi (15h, théâtre Saint-Louis), pour une rencontre-débat animée par Christine Ferniot, journaliste (Lire, Télérama), table-ronde baptisée Un polar, avec deux glaçons s'il vous plait !
« Du roman social de Maj Sjöwall à la fiction de Kjell Eriksson ou au thriller naturaliste de Johan Theorin, trois visions pour mieux connaître le polar suédois qui ne se résume pas à Millenium », expliquent les organisateurs en préambule à la participation des trois auteurs à cette rencontre.
> Liens. Site de Un aller-retour dans le noir.
Le programme est ici.
Un article du journal Sud-Ouest consacré à l’événement à lire ici.
30 septembre 2010
" Ces romans-là ont toujours quelque chose sur le cœur "
On connaît l’Islandais reclus dans son lumineux silence. On le sait peu verbeux, plus enclin à vaporiser délicatement ses légendes qu’à vous déverser des logorrhées de concepts et d’analyses à la française. Attention à ces clichés qui relèvent sans doute des mêmes préjugés dont souffre le genre policier. Le propos d’ouverture de la journée « A glacer le sang », autour du polar scandinave, à la BnF ce mercredi, revenait à Arni Thorarinsson. Un discours libre, sans aucune note, assez éloquent pour être publié ici dans son intégralité. Le journaliste s’efface et se fait juste transcripteur quand il assiste à pareil discours. Mille excuses aux visiteurs de ce blog que la longueur du billet fera sans doute fuir ! Aux yeux des amoureux d’Islande, des lettres scandinaves et du polar, il vaut d’être lu. D’autant que le propos résume assez bien, à lui seul, le contenu de cette riche journée d’étude.
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Il y a quelques années, une des premières fois que je quittais l’Islande pour parler de mes romans noirs à l’étranger, je me suis retrouvé à Paris, au Salon du livre. Je suis sorti fumer devant le bâtiment du Parc des expositions et je me suis mis à penser : « C’est bien étrange qu’un homme comme moi, à cet âge, qui a commencé sur le tard a écrire des romans policiers par hasard, pour s’occuper ou par défi, dans un pays comme l’Islande où le chiffre de la population est à peu près le même que celui qui occupe quelques rues de cette ville, se retrouve à cet endroit-là, en train de faire la promotion d’un livre islandais. » Il y avait du soleil. Il faisait chaud. J’avais mis mes lunettes de soleil. J’étais plongé dans mes considérations quand, tout à coup, ma traductrice est venue vers moi. Elle m’a tiré par la manche en me disant que l’éditeur avec lequel j’avais signé pour plusieurs traductions était là et qu’il voulait me rencontrer, maintenant ! La traductrice m’amène vers le stand et là, je tombe sur un petit homme qui me tend un verre de ‘‘brennivin’’ (de la gnôle en fait) en avalant le sien cul-sec. Nous nous sommes serré la main. L’éditeur était pantois. Il est resté là, surpris, pendant un moment avant de me demander :
- Êtes vous aveugle ?
Je me suis dit ‘‘ Non de Dieu, me voici à la colle avec un éditeur pochard ’’… et puis j’ai réalisé que j’avais oublié d’enlever mes lunettes de soleil. Comme je n’ai pas toujours des pensées politiquement correctes, j’ai répondu que oui, en effet, j’étais aveugle. L’éditeur a continué de me dévisager avec son verre vide à la main. J’ai demandé :
- Est-ce que cela pose un problème ? N’est-ce pas… “ vendeur ˝?
- Oui, a-t-il répondu spontanément, ça doit être “ vendeur ˝.
Quand j’ai remis mes vraies lunettes de vue, il m’a regardé, un peu déçu. On a rebu un verre. Puis, il m’a dit :
- Remettez vos lunettes de soleil. La promotion du roman noir islandais dans les maisons d’édition européennes pose effectivement problème.
Ce n’est en effet pas évident de promouvoir un auteur qui écrit au nord du trou-du-cul du monde. Il n’est a priori pas évident de voir ces livres-là franchir les limites de l’Islande. Je veux dire que ma présence ici ne relève pas de l’évidence. Ce n’était pas non plus évident qu’on puisse écrire ce genre de roman au sein d’un peuple qui compte 300.000 personnes, le dernier pays nordique à reconnaître le roman policier comme une partie valable de sa littérature. Même les Féringiens l’avaient fait avant nous. Cependant, des gens plus intelligents affirment que les sagas islandaises recelaient déjà de violence, crimes, mystères, châtiments, vengeance, haine, amour. Les ingrédients étaient là mais leur transcription ne répondait pas, à la base, sur la résolution d’une énigme ou d’un meurtre.
Il y a une bonne dizaine d’années que les Islandais se sont mis à écrire des policiers devenus même si populaires qu’ils en ont chassé les autres romans des tables de chevet. L’une des raisons est que les Islandais s’étaient mis à lire des polars étrangers et regardaient en masse les séries policières à la télé. Ces séries étrangères avaient un fort retentissement. La population avait le meurtre en tête. Ce qui n’était pas non plus évident en soi, vu qu’il y a deux crimes par an en moyenne en Islande et qu’il y en a bien davantage de commis dans les romans policiers ! On peut dire qu’avec ce terreau, les terres intérieures étaient devenues cultivables. D’autant que la réalité extérieure était en train de changer. En devenant plus composite, la population n’avait plus cette homogénéité, la société s’est mélangée et est devenue beaucoup plus perméable, grande ouverte aux influences extérieures. D’un coup, ce grand isolement de l’Islande qui remontait au-delà du Moyen-Age, a volé en éclats : tous les phénomènes qui avaient lieu à l’étranger pouvaient se produire en Islande. Et parmi eux, le crime et la violence.
On peut dire que ces romans ne relèvent pas de la réalité telle qu’elle est, mais telle qu’elle pourrait devenir en Islande. Le crime n’a pas besoin d’un grand nombre de personnes pour faire un roman. Deux suffisent. En somme, un homme seul sur une île déserte a le pouvoir de vous priver de roman policier. La résolution du secret crée une tension qui maintient le lecteur en éveil. Or, des secrets, des légendes, il y en a partout, quelles que soient les maisons qui les cachent.
Une autre raison qui expliquerait cette popularité (explication qui ne remporte pas forcément l’adhésion de l’académie littéraire) c’est peut-être que ‘‘ les vrais romans ’’, comme on dit, ces belles lettres se sont éloignées du lecteur lambda. Le lecteur n’a plus forcément le sentiment que ça le touche, il a davantage l’impression qu’il s’agit d’une masturbation intellectuelle, voilà tout. On peut penser que le roman policier a apporté au lecteur lambda un univers dans lequel il se reconnaît, celui de la réalité de Monsieur tout-le-monde.
Effectivement, dans ces intrigues policières on a une vision de la réalité quotidienne même si ces meurtres n’arrivent heureusement pas tous les jours ! Dix ans après son entrée en Islande, on peut donc dire que le polar forme désormais une flore assez répandue et diversifiée. Les auteurs sont agréablement différents. Certes, il y en a encore à qui ça gâche des nuits, ceux qui appellent cela la littérature de ‘‘gare ’’ ou de ‘‘ cuisine ’’, mais il sont devenus bien marginaux.
Quelle différence en effet entre un paysan obligé de quitter sa terre pour s’installer en ville et le même paysan qui, parce qu’il a tué sa femme, serait obligé de fuir en ville, puis fuir les flics ? Y-a-t’il une différence entre ces deux-là ? Pas vraiment. On ne peut pas parler de ‘‘ vrai ’’ et de ‘‘ fausse ’’ littératures.
Dans la tradition du polar nordique, l’inspecteur de police est déprimé, porté sur la boisson, peut-être même qu’il est marié à une femme psychologiquement dérangée et qu’il a un fils qui se drogue, etc… Tout un tas de clichés sont apposés aux romans policiers nordiques, malgré leur diversité.
Les lecteurs français l’ont découvert depuis plus longtemps. C’est d’ailleurs un honneur, pour moi, d’ouvrir cette journée, dans cette institution vénérée. En dehors du fait que les polars mettent en scène des policiers dépressifs (ce qui fait leur succès) il y a forcément quelque chose de plus complexe. Il y a quelques années, un journaliste français avait fait le déplacement en Islande spécialement pour tenter de traiter du succès des romans policiers nordiques en France. Il m’a demandé :
- Comment expliquez-vous cette popularité en France ?
- Je n’en sais rien, je ne comprends pas pourquoi, lui ai-je répondu. C’est une énigme.
Il m’a reposé la question, un peu plus tard. Je lui ai répondu en français ‘‘ je-ne-sais-pas ’’.
Il est très important d’avoir un bon éditeur et un bon traducteur. Et il est préférable que les deux n’aient rien bu. Dans ce domaine, je dois dire que j’ai une sacrée chance. C’est l’une des raisons de ma popularité en France.
L’environnement naturel et social semble étranger, exotique, donc il est digne de curiosité pour les lecteurs hors des pays nordiques. Il est intéressant également de voir comment la pensée criminelle s’est insérée dans des sociétés peu peuplées, qualifiées d’ ‘‘ État providence ’’, qu’ont dit humaines avec des points de vues libéraux et une culture florissante. Et que, même dans ces sociétés-là, ouvertes, humaines, puisse s’enraciner un imaginaire lié à la criminalité alors qu’on pourrait s’imaginer qu’il s’enracinerait davantage dans une société moins développée.
Une autre explication au succès de ces polars est peut-être tout simplement qu’ils sont bons. Je ne dis pas qu’ils sont meilleurs que des romans policiers venus d’autres horizons. Il y a un enchevêtrement des traditions dans toutes les cultures aujourd’hui et les écrivains du monde entier subissent les influences d’auteurs américains, anglais, français et il me semble que les écrivains des pays nordiques doivent une fière chandelle au couple Maj Sjöwall et Per Wahlöö. Ils restent la base sur laquelle nous construisons tous, sans compter les influences venues de partout.
Au cœur du roman policier nordique, il y a cette impression des origines sociales du crime. On a ce sentiment que la vie de ces criminels pousse la société à ses extrêmes limites et enjambe même ces extrêmes limites tolérées par la société en dépassant la loi et le droit. Comment peut-on en arriver là dans des sociétés qui s’attachent absolument à respecter la loi et le droit ? C’est peut-être tout ça qui donne leur valeur aux romans policiers nordiques. Et leur justification. Ils traitent tout simplement de l’énigme qui consiste à expliquer pourquoi l’homme peut, par le meurtre, se séparer de la société dans laquelle il existe.
Je crois que les bons polars nordiques tournent rarement à vide. Ces romans-là ont toujours quelque chose sur le cœur. Les personnes qui les écrivent doivent se libérer de quelque chose de lourd, même si elles le mettent en scène avec humour, de manière sympathique. Moi-même, je vis dans une société qui a grandement dépassé les limites, il y a deux ans. Une société qui lutte aujourd’hui contre ses excès désastreux à l’encontre du droit qu’elle a bafoué pendant toutes ces années. Ce choc que l’on a connu il y a deux ans peut-être qu’il sera traité à son tour dans le polar nordique. C’est ce que j’ai fait dans Le septième fils. Sa traduction vient de paraître en France, mais j’ai écrit ce livre à l’époque où la société islandaise se précipitait au bord de la falaise, à l’extrême limite de ce qui était acceptable. Je l’ai écrit au début 2008 et, en novembre, quand il est sorti, toute l’économie du pays s’était effondrée. Alors, certes, on ne le voit pas dans le roman, ce livre décrit plutôt le processus qui a conduit à cet effondrement. Il a fallu des années pour que la population se retrouve au bord de cette falaise.
Le roman policier est un des meilleurs moyens pour cartographier ces phénomènes sociaux. La valeur divertissante du livre est quelque peu menacée quand l’auteur s’attache à traiter d’un crime économique d’une si grande envergure à l’encontre de l’ensemble de la société. Car la victime n’est pas ici seulement une personne, mais bien l’ensemble de la société. En Islande, dans quelques jours, un livre sortira et traitera exactement de ce thème du crime économique contre l’ensemble de notre société.
Notre devoir d’écrivain est d’enlever le soleil pour regarder en face cette société et d’écouter ce qui se dit de l’autre côté des portes fermées. Le roman policier nordique peut devenir la clé de l’énigme de l’existence étrange que nous menons dans notre société. J’espère que j’ai un peu répondu à la question que m’avait posée ce journaliste français et que cela sera… “ vendeur ˝.
Árni Þórarinsson (le 29/10/2009, intervention inaugurale de la journée consacrée au polar scandinave à la BnF). Grand merci à Eric Boury pour la traduction !
> Bio. Arni Thorarinsson (Árni Þórarinsson) est né en 1950 à Reykjavík où il vit actuellement. Après un diplôme de littérature comparée à l’université de Norwich en Angleterre, il devient journaliste dans différents grands journaux islandais. Il participe à des jurys de festivals internationaux de cinéma et a été organisateur du Festival de cinéma de Reykjavík de 1989 à 1991. Dans les années 1990, il est l’un des premiers auteurs islandais à s’essayer au roman policier, genre que l’Islande n’avait que très peu exploré jusqu’alors. Ce pionnier du roman noir islandais affirme que c’est à la lecture de The long goodbye de Ray Chandler, livre que lui avait offert un ami en 1974, qu’il a eu la révélation. Ses romans sont aujourd’hui traduits en Allemagne, au Danemark et en France.
> Humeur. Ainsi donc, selon Arni Thorarinsson, l’une des raisons qui feraient entrer régulièrement le roman policier nordique parmi nos meilleures ventes de livres serait une quête d’exotisme. Un paradoxe quand l’auteur nous explique, a contrario, que la société islandaise est devenue très perméable à tous les maux de la terre. Martine Laval, journaliste à Télérama qui animait lors de cette journée une « table rectangle » consacrée aux polars et à leur vision des sociétés scandinaves, ne croyait pas une seule seconde que cette quête d’exotisme puisse faire partie des ingrédients du succès. Elle a évidemment raison. Et c’est bien l’un des drames de cette société mondialisée que de nous montrer partout ailleurs ce qui hante nos quotidiens. Partout la même société de consommation et son goût grandissant pour la paresse ; les mêmes maux ; les mêmes symptômes. Alors qu’est-ce qui fait le succès du polar scandinave ? Un terreau fertilisé à coup d’engrais en forme de séries télé policières américaines ? Une mode déferlant comme un tsunami venu tout droit de la banquise qui dépose, en guise de bois trempé sur nos plages l’arbre Ikéa qui cache la forêt ? Un nouveau vent de liberté transgressive quand tout n’est devenu que loi, droit et chasse aux défauts ? Arni Thorarinsson n’a pas tort sur toutes les raisons qu’il avance et c’est ce qui peut nous faire froid dans le dos. L’idée que l’on juge exotique l’intérêt pour un roman qui vous fait voyager grâce à de bonnes histoires quand d’autres, nombrilistes, sont devenus incapables de nous faire rêver est une idée… à glacer le sang. Cette faculté à nous transporter, cet art littéraire serait donc devenu tellement rare, si étranger qu’on le juge exotique. Pauvres de nous.
27 septembre 2010
#09-2010 booklist (2)
Petite séance de rattrapage après le gros des parutions de septembre. Entre les sorties discrètes de maisons moins connues et une rentrée un peu confuse chez d’autres, de nouveaux ouvrages scandinaves traduits ont débarqué chez vos libraires préférés. Quant à la ruée éditoriale sur les romans noirs couronnés en Suède, elle continue.
# Islande
Saga d'Oddr aux flèches, aux éditions Anacharsis (collection Famagouste). Traduit de l’islandais par Régis Boyer. Paru le 24 septembre 2010. 224 pages. 21,00 €. ISBN : 978-2-914777-67-4.
Cette saga met en scène le viking Oddr à travers la Bjarmaland, sorte d'Atlantide nordique, peuplée de magiciens sauvages aux mystérieux rites chamaniques. Après avoir fondé sa propre légende dans la Bjarmaland Oddr bat la campagne de l’Angleterre à l’Irlande, de l’Aquitaine au Groenland, en passant par la Russie et Byzance, avec une pointe jusqu’à Jérusalem. Tempêtes, batailles, coups de mains, pillages et duels, toutes ses pérégrinations sont ponctuées d'une vendetta jamais assouvie entre Oddr et le maléfique Ogmundr, descendant d’une lignée de trolls et qui sera cause de la mort des êtres chers à Oddr.
> En savoir plus. Après La Russie des Vikings, saga d’Yngvarr le grand voyageur suivie du Dit D’Eymundr Hringsson, des textes présentés et traduits de l’islandais ancien par Régis Boyer (livre paru le 23 octobre 2009), la petite maison toulousaine poursuit ses romans d’aventures basés sur les ancestrales sagas. Un choix éditorial qui colle bien à la définition que se donne Anacharsis : « Se réclamant volontiers de la notion d’exotisme, nos publications invitent à la découverte d’un extérieur aussi bien situé dans le temps que dans l’espace, tout en laissant sa place au plaisir pur de la lecture ».
Si le merveilleux prédomine ici, c’est par la grâce de la fantaisie sans frein que le narrateur s’autorise dans les voyages d’Oddr au cœur de pays imaginaires – dont le paradigme est sans nul doute le pays des géants où, préfiguration de Gulliver, Oddr, malgré sa taille, aura un fils d’une géante.
Les vannes ouvertes de cette déferlante de mythes, légendes ou contes populaires immémoriaux n’entravent en rien la rigueur de la structure narrative du récit, forgé au XIIIe siècle dans un style voué à l’enchaînement continu de l’action, où l’économie des phrases, et la vigueur des formules travaillent ensemble à une écriture d’une stupéfiante force évocatrice.
Selon toutes apparences, Oddr ne fut par pour autant uniquement une légende, et l’époque viking connut sans doute un personnage homonyme dont on garda longtemps la mémoire.
Les deux sagas proposées en accompagnement de celle-ci présentent de façon bien plus succincte le grand-père (Ketill le Saumon) et le père (Grimr à la Joue velue) d’Oddr, dont on ignore si elles furent composées avant ou après la Saga d’Oddr aux flèches. On sait, en revanche, que là encore ce sont de brillantes sagas légendaires : les aïeux d’Oddr aux flèches sont avant tout de grands tueurs de monstres…
> Lien. Site de l’éditeur.
# Norvège
Les filles du préfet de Camilla Collett, aux éditions Zoé (collection Les classiques du monde). Titre original : Amtmandens Døttre. Traduit du norvégien par Eric Eydoux. Paru le 23 septembre 2010. 450 pages. 24 €. ISBN : 978-2-88182-679-5.
Dans les années 1830, le jeune Georg Kold s’installe dans la famille du préfet Ramm comme fondé de pouvoir et précepteur des enfants, dont la cadette Sofie. Un fort élan amoureux pousse les deux jeunes gens l’un vers l’autre, mais se heurte à une société où le sentiment est regardé comme une faiblesse typiquement féminine dont il convient de se préserver.
> Bio. Née à Kristiansand en 1813 (morte à Christiania en 1895), Camilla Collett a grandi dans une famille de la bonne société norvégienne. Elle découvrit la Norvège à l’âge de 4 ans, quand son père s’installa à Eidsvoll comme prêtre (Parish). Son père Nicolai Wergeland s’exerça à la théologie, la politique et composa de la musique. Jacobine Camilla Collett, née Wergeland, est la sœur du grand poète romantique norvégien, Wergeland. Femme de lettres reconnue qui influencera Ibsen, elle fait figure de visionnaire. En 1868, elle qui tenait à se distinguer d’une « George Sand hyperboréale » écrira : « Un incommensurable avenir se trouve devant la femme, un avenir qui donnera au monde un autre visage. Actuellement, des milliers de forces demeurent inutilisées et sont gâchées lamentablement… » Elle mourra dans le dénuement.
> En savoir plus. Camilla Collett n’a publié qu’un seul roman, le reste de son œuvre étant composé d’essais, d’articles ou de ses mémoires. Mais quel roman ! Lorsque Les Filles du préfet paraît en Norvège, d’abord anonymement en deux parties, en 1854 puis en 1855, il fait l’effet d’un véritable coup de tonnerre. Premier roman de la littérature norvégienne écrit par une femme, premier roman féministe, il est aussi considéré comme l’un des premiers romans politiques norvégiens. Il campe une initiation sentimentale délicate, mais hautement dérangeante pour l’époque.
Camilla Collett s’est inspirée de sa propre vie sentimentale pour écrire ce roman resté célèbre qui dénonce les sociétés patriarcales, de manière générale, et les mariages forcés en particuliers.
> Lien. Site de l’éditeur, Zoé, maison suisse créée en 1975 et basée à Carouge (canton de Genève).
Au pays des contes (sous-titre : choses rêvées et choses vécues en Caucasie), de Knut Hamsun, paru chez Grasset (N°301 de la collection Les Cahiers rouges), le 22 septembre 2010. Titre original : I Æventyrland, oplevet og drømt i Kaukasien. Traduit du norvégien par Sigrid R. Peyronnet. 224 pages. 8,60 €. ISBN : 978-2-246-58752-1.
De Moscou à Bakou, c'est un voyage de fou, entrepris il y a un siècle. Écrit en 1903, ce récit de voyage est issu des tribulations d’Hamsun dans le Caucase, en Turquie et jusqu’en Perse, en 1899.
> En savoir plus. Au Pays des contes (1903) aurait pu s’intituler « Les Tribulations d’un Nordique en Russie ». De Moscou à Bakou, c’est un périple fantaisiste, en chemin de fer et à cheval, dans le Caucase d’il y a un siècle. Rien n’échappe au narrateur, ni les troupeaux, ni les grands espaces, ni l’accoutrement des femmes Tatars... La moindre anecdote (une montre obscène, des petits vendeurs de cristaux) lui saute aux yeux - des yeux malicieux car le voyageur ne se départit jamais d’une joyeuse ironie. Il joue avec les décors et le lecteur, bascule au détour d’une page, à la faveur d’une fièvre, dans des tableaux oniriques à la limité du délire, respectant le cahier des charges du sous-titre : Choses rêvées et choses vécues en Caucasie. Ce récit mouvant part donc dans tous les sens, bifurquant même vers un petit essai critique sur les mérites de Tourgueniev, Dostoïevski et Tolstoï. En fait, Hamsun exploite les qualités qu’il prête au peuple russe : « spontanéité », « faculté de déraillement », « aptitude à l’absurde »...
C’est drôle, alerte, vif, écrit au présent. Ce livre déroutant fait miroiter tous les talents, toute la verve d’un grand écrivain.
> Bio. Le Norvégien Knut Hamsun (1859-1952), fils de paysans pauvres, exerça plusieurs métiers avant de s’embarquer pour l’Amérique où il resta deux ans. Autodidacte, il devient écrivain. Son premier roman, La Faim (1890) lui vaut la gloire. Suivront Mystères, Pan, Victoria, La Dernière joie, Les fruits de la terre. En 1920, il reçoit le prix Nobel de littérature. Il fut longtemps considéré comme le génie littéraire norvégien, “père” du roman moderne. Knut Hamsun obtint le prix Nobel de littérature en 1920 pour Markens grode (L'éveil de la glèbe). Sa collaboration au régime nazi (il rencontra Hitler et offrit sa médaille de prix Nobel à Goebbels) ternit considérablement la fin de sa vie ; il fut le triste héros d’un procès retentissant.
> En savoir plus. Gaïa, qui a publié Mystères en juin dernier avait également proposé, en février 2010, une biographie de Knut Hamsun, signée Ingar Sletten Kolloen : Knut Hamsun, rêveur et conquérant. Traduit du norvégien par Éric Eydoux (768 pages, 28 €, ISBN 978-2-84720-158-1). En février 2010, Gaïa avait également publié Victoria (traduit du norvégien par Ingunn Galtier et Alain-Pierre Guilhon. 128 pages. 14 €. ISBN 978-2-84720-159-8). Gaïa a annoncé, en outre, dans ses parutions prochaines (sans précision de date encore), sont intention de publier Le dernier chapitre, roman de 1923 de Knut Hamsun, plus connu sous le titre de Un air si pur.
# Suède
Le cri de l'engoulevent de Kjell Eriksson, polar paru chez Gaïa. Traduit du suédois par Philippe Bouquet. Titre original : Nattskärran. 384 pages. 23 €. ISBN 978-2-84720-177-2. Roman initialement annoncé pour le 2 octobre par l’éditeur, mais déjà paru (le 21 août selon Mollat).
« Qui a vu l'engoulevent voit sa mort », dit un proverbe tant suédois qu'iranien à propos d'un oiseau connu aussi pour annoncer le printemps. La ville tranquille d'Uppsala est le théâtre d'une série d'actes de vandalisme. Les vitrines de la rue commerçante volent en éclats et un jeune homme est retrouvé assassiné. Des groupes néo-nazis aux populations immigrées, tout le monde est suspecté, jusque dans les rangs de la police. À peine revenue de congé parental, la commissaire Ann Lindell partirait bien en vacances : elle peine à calmer les ardeurs de son collègue Ola, et on vient de l'inviter en voyage en Thaïlande. Qui ? Le bel Edvard. Son amant perdu, le seul homme avec lequel elle aurait bien voulu vieillir.
> En savoir plus. Après La terre peut bien se fissurer (paru chez Gaïa le 15 mai 2007), annoncé d’ailleurs en poche chez Babel Noir en ce prochain mois d’octobre (après la parution en poche chez Babel Noir, toujours, du Cercueil de pierre, le 3 février 2010), Kjell Eriksson nous offre ici une nouvelle enquête du commissaire Ann Lindell. Actes Sud avait également publié La Princesse du Burundi, en septembre 2009. Ce polar situait également l’action à Uppsala. Mais en plein congé maternité de la commissaire Lindell, c’est Ola qui avait été chargée d’enquêter… la jeune maman-commissaire n’avait cependant pas pu s’empêcher de reprendre du service.
> Bio. Kjell Eriksson, de son vrai nom Karl Stig Kjell Eriksson, est né en 1953 à Uppsala (Suède). Employé dans l’aménagement paysager, des quelques courts textes qu’il écrit sur un journal syndical à un reportage qu'il réalise sur la vie d'agriculteur, il franchit le pas et troque le sécateur contre la plume. « Je suis entré dans le monde littéraire par la porte de derrière », confie-t-il, en juin dernier, dans une interview à Gaïa qui l’édite en France. Mais très vite, il laisse pousser ses idées et devient prolifique. Entre 1999 et 2009, il a ainsi écrit dix romans policiers, un documentaires et deux autres fictions. Il faut dire que ses débuts littéraires ont été encourageants. Dès 1999, il reçoit en effet le Prix du meilleur premier roman policier suédois et, dès son second, La terre peut bien se fissurer, son personnage principal prend l'épaisseur, la stature et la crédibilité des vrais héros de polars. En 2002, c'est le couronnement. Pour La Princesse du Burundi, Kjell Eriksson se voit décerner le Prix du meilleur roman policier suédois (Bästa svenska kriminalroman) de l’Académe suédoise d’auteurs de romans policiers. Sept de ses dix romans policiers ont été nominés à cette prestigieuse distinction.
> Lien. Les éditions Gaïa proposent les premières pages de l’ouvrage sur leur site, ici.
Bonne nuit, mon amour, d’Inger Frimansson, paru chez First éditions (Collection Thriller Noir Suspens), le 9 septembre 2010. Titre original : God natt min älskade (1998). ISBN 978-2-7540-1904-0. 396 pages. 21,90 €.
Une vieille dame harcelée jusque dans sa maison de retraite. Un homme transpercé par une fléchette empoisonnée. La maîtresse de ce dernier, retrouvée baignant dans son sang. Une ancienne camarade de classe qui se fracasse le crâne. Le mauvais sort semble s'abattre sur l'entourage de Justine Dalvik... Simples coïncidences ? Et si la réponse était à chercher dans le passé de la jeune femme ?
Justine Dalvik, la quarantaine, a toujours vécu au même endroit. Depuis le décès de son père et le placement de sa belle-mère en maison de repos, elle vit seule dans les murs de son enfance, avec pour seul compagnon, un corbeau. Une vieille fille ? Cela aurait pu, mais non : cette histoire n'a rien d'ordinaire. Elle commence en Suède, au bord d'un lac.
Le cœur de Justine est plein de cicatrices. Dès son jeune âge, la douleur s'agrippe à elle. Il y a d'abord, à ses trois ans, le décès de sa mère. Puis la haine de sa belle-mère, qui la fouette et l'enferme à la cave. Les camarades d'école, qui ne sont pas tendres avec elle. La liste des malheurs de Justine est longue ...
Et maintenant, tous ces drames qui s'abattent autour d'elle : disparitions en série, accidents tragiques... Justine connaîtra-t-elle un jour la paix intérieure ? L'amour véritable ? Est-elle réellement étrangère au « mauvais sort » qui s'abat sur ses proches ?
> En savoir plus. Ce roman a reçu, en 1998, Le Prix du meilleur Roman policier suédois (Bästa svenska kriminalroman) de l’Académe suédoise d’auteurs de romans policiers. Le jury avait motivé sa décision par le fait qu’il s’agissait là d’ « un thriller psychologique sur l'égarement et la vengeance qui s'empare du lecteur et ne le lâche plus ».
> Bio. Inger Frimansson est née à Stockholm le 14 novembre 1944, mais a surtout grandi dans le centre de la Suède. Aujourd’hui installée avec son mari à Södertälje, au sud de Stockholm, elle a publié sept romans depuis 1984 et son premier livre (Dubbelsängen, Le lit double). Au total, en comptant ses recueils de poésies, ses nouvelles et ses livres pour enfants, Inger Frimansson a publié près de vingt-cinq ouvrages. Bonne nuit, mon amour, est son premier livre publié en français. Elle a été journaliste pendant une trentaine d’années. Son dernier roman, non traduit en France (Skuggan i vattnet, L'ombre dans l'eau), paru en 2005, a été publié en feuilleton de l'été, sur 57 numéros, par le grand quotidien suédois Svenska Dagbladet. Il a également été couronné du Prix du meilleur roman policier suédois.
> Liens. Sur le site de l’éditeur, on peut feuilleter quelques pages.
Le site de l’auteur est ici.
26 septembre 2010
A glacer le sang
La BnF et sa responsable du secteur scandinave Anna Svenbro préparent une journée d’étude autour du polar nordique. Baptisé A glacer le sang, ce triptyque de conférences propose d'explorer notamment pourquoi « la France, elle aussi grand producteur de romans noirs, éprouve un intérêt de longue date pour le polar venu du Nord en général ».
Avant d’entrer dans le vif d’un programme dense, l'ouverture reviendra à Arni Thorarinsson. Une intervention inaugurale qui intervient en pleine actualité pour l’auteur islandais dont Le septième fils, le troisième polar qui met en scène Einar, l’enquêteur nonchalant du Journal du Soir, vient de paraître dans sa version française, la semaine dernière, chez Métailié (présentation ici). Ce pionnier du roman noir islandais n’est pas des seuls auteurs invités. Les Suédois Håkan Nesser (qui figura parmi les invités du dernier Salon de Genève), Kjell Eriksson (en pleine parution chez Gaïa du Cri de L’Engoulevent) et Johan Theorin (L’écho des morts, prix du meilleur polar suédois 2008 et scandinave 2010, paru en février dernier chez Albin Michel) sont également annoncés.
Trois questions majeures seront ainsi abordées : les raisons d’un succès, en déclinant la réception des polars scandinaves en France (problématiques, sources, circuits) ; quelles règles et quelle histoire pour ce genre ?; les polars et leur vision des sociétés scandinaves : le revers de la médaille.
Invités à plancher sur ces passionnantes questions, des traducteurs (Philippe Bouquet, Éric Boury et Marc Auchet), conservateurs (Isabelle Le Masne de Chermont et Bruno Sagna, responsable de la Bibliothèque nordique), philosophe (Fredrika Spindler), éditeur (Magnus Bergh de chez Albert Bonniers Förlag), universitaires (Annie Bourguignon, Bertrand Tassou) et journaliste (Martine Laval, Télérama). Dans le prolongement de la journée, l’Institut suédois proposera une soirée autour des romans de Maj Sjöwall et Per Walhöö.
> Pratique. Mercredi 29 septembre, à la Bibliothèque nationale de France (BnF), site François-Mitterrand, petit auditorium. De 9h15 à 18h. Entrée libre.
> Lien. Dans le dernier numéro de Chroniques de la Bnf (rendez-vous PP. 20 et 21).
La photo est de Jari Silomäki, de la talentueuse école photo d’Helsinki (Finlande). Découvrez le travail de la Gallery Taik Ici.
12 septembre 2010
#10-2010 booklist
La rentrée littéraire des parutions nordiques en France n'échappe pas à la vague de polar scandinave qui déferle sur le monde. Les duettistes Roslund & Hellström d'un côté et, de l'autre, le couple Ahndoril qui se cache derrière le pseudonyme de Lars Kepler, sont même prophètes en leur pays puisque leurs ouvrages trustaient encore, cet été, le haut des présentoirs en vitrines des libraires de Stockholm. Une rentrée que l'on peut qualifier de timide en France... comme s'il fallait en garder sous le coude. Les éditeurs penseraient-ils déjà très fort au rendez-vous de la fin mars, à Paris ? Le 31e Salon du livre de Paris sera en effet dédié aux lettres nordiques, en 2011, faut-il le rappeler...
Petit tour d'horizon des parutions de septembre, en commençant par le très attendu troisième opus de l'Islandais Arni Thorarinsson chez Métailié.
# Islande
Le septième fils, polar d’Arni Thorarinsson, traduit de l'islandais par Éric Boury. Titre original : Sjöundi sonurinn. Parution aux Éditions Métailié le 23 septembre 2010. 380 pages, 22 €. ISBN 978-2-86424-724-1.
Les soirées sont longues à Isafoldur, la capitale des fjords de l’ouest de l’Islande, quand on est chargé de traquer le scoop par un rédacteur en chef avide de sensationnel, et qu’on rêve de retrouver sa nouvelle petite amie laissée à Reykjavik. Et puis on découvre que les bars des hôtels abritent des célébrités intéressantes, une séduisante vedette du football national et son copain d’enfance qui le suit comme son ombre et profite de ses conquêtes, une chanteuse pop qui a failli gagner le titre de Nouvelle Star, un brillant avocat d’affaires, les groupies respectives de ces gens importants, et des groupes d’adolescents en révolte. Des maisons brûlent, des tombes sont profanées, des touristes lituaniens sont volés et soupçonnés de trafic de drogue, tout s’emballe... Einar, le correspondant du Journal du soir, mène l’enquête avec son air désabusé, sa nonchalance et une ironie qui lui permettent d’apprivoiser les témoins et de porter un regard sans préjugés sur les événements.
> Bio. Arni Thorarinsson est né en 1950 à Reykjavík où il vit actuellement. Après un diplôme de littérature comparée à l’université de Norwich en Angleterre, il devient journaliste dans différents grands journaux islandais. Il participe à des jurys de festivals internationaux de cinéma et a été organisateur du Festival de cinéma de Reykjavík de 1989 à 1991. Dans les années 1990, il est l’un des premiers auteurs islandais à s’essayer au roman policier, genre que l’Islande n’avait que très peu exploré jusqu’alors. Ce pionnier du roman noir islandais affirme que c’est à la lecture de The long goodbye de Ray Chandler, livre que lui avait offert un ami en 1974, qu’il a eu la révélation. Ses romans sont aujourd’hui traduits en Allemagne, au Danemark et en France.
> En savoir plus. Suite des aventures de Einar commencées avec les deux précédents romans. Ce périple dans l’Islande profonde nous montre les transformations mondialisées d’une société au bord de la crise économique, et nous fait voyager au rythme du blues et du rock chers à l’auteur.
> Liens. Métailié propose en extrait du livre sur son site. Suivez le lien. Evene avait pour sa part réalisé une interview de l’auteur, en 2007, lors de la sortie de son roman Le Temps de la sorcière (Métailié, 2007). Lire l’interview.
# Norvège
Maudit soit le fleuve du temps, roman de Per Petterson, chez Gallimard (collection Du Monde entier). Titre original : Jeg forbanner tidens elv. Traduit du norvégien par Terje Sinding. Parution le 9 septembre 2010. 18,50 €. ISBN : 978-2-07-012491-6.
Arvid décide de rejoindre sa mère. Cette dernière, prenant de court toute sa famille, a sauté sur le premier ferry depuis Oslo après avoir appris qu’elle souffrait d’un cancer, pour se réfugier dans la petite maison qu’elle possède dans le nord du Danemark dont elle est originaire. Elle accepte d’abord de mauvaise grâce la présence de ce fils mal dans sa peau, puis, dans un face-à-face inédit pour l’un et l’autre, la communication s’établit. Petit à petit, des événements du passé refont surface… Arvid revient sur l’échec de son mariage, son enfance dans un quartier ouvrier d’Oslo, son engagement militant et sa décision de ne pas faire d’études et de travailler dans une usine. La mère, quant à elle, veut retourner une dernière fois sur l’île de Laeso où elle avait été accueillie à un moment difficile de sa vie, révélant par la même occasion à son fils tout un pan de son existence.
> Bio. Né en 1952 à Oslo dans une famille ouvrière, Per Petterson, révélé par Til Sibir (Jusqu’en Sibérie, 1996), est un des écrivains scandinaves de tout premier plan, connu en outre pour son engagement à gauche. Ses livres sont traduits en 47 langues. Dans le sillage (2000) a été récompensé par le prix Brage, le plus prestigieux des prix littéraires norvégiens. Mais c’est avec Pas facile de voler des chevaux que Per Petterson rencontre son premier succès international. Maudit soit le fleuve du temps a été honoré du Grand Prix de littérature du Conseil nordique en 2008.
> En savoir plus. Note de l’éditeur : le balancement entre passé et présent rythme ce récit pudique et émouvant, et on retrouve ici tout l’art de Petterson de parler sans pathos des petites et grandes déchirures qui traversent nos vies. Sur une thématique très différente, on retrouve les qualités d’écriture qui ont fait le succès de Pas facile de voler des chevaux.
Je suis un ange venu du nord, roman de Linn Ullmann, chez Actes Sud, traduit du norvégien par Pascale Rosier et Hege Roel Rousson, en collaboration avec Anna Marek. Titre original : Et velsignet barn (2005, chez Oktober). Paru le 1er septembre 2010. 300 pages. 23 €. ISBN : 978-2-7427-8522-3.
Médecin réputé à Stockholm, Isak Lövenstad est un homme intelligent, fort de caractère, intimidant et séduisant. Ses trois filles, de trois mères différentes, attendent impatiemment les grandes vacances pour être enfin réunies autour de ce père qui les intrigue et les impressionne. Dans les années 1970, la famille recomposée passe des étés agréables sur l’île scandinave de Hammarsö. Une catastrophe va mettre brutalement fin à ces moments idylliques. Vingt-cinq ans plus tard, les trois sœurs reviennent sur l’île.
> Bio. Née le 9 août 1966 à Oslo, Linn Ullmann (Karin Beate Ullmann sur son état civil) est la fille du cinéaste Ingmar Bergman (réalisateur du film Persona cette année-là) et de l’actrice Liv Ullmann. On la voit d’ailleurs apparaître enfant dans le film de son père Sonate d’automne (1978), interprétant le rôle d’Eva, enfant (c’est sa mère Liv qui campe d’ailleurs Eva adulte). Elle apparaît également à l’écran dans le célébrissime Cris et chuchotements (1972), dans la peau de l’enfant de Maria interprétée une nouvelle fois par sa mère.
Linn Ullmann a étudié la littérature anglaise à l’université de New York d’où elle est sortie diplômée en 1988 avant de revenir à Oslo en 1990 en tant que journaliste, entamant une carrière de critique littéraire. Après un premier roman (Før du sovner, 1998, paru chez Plon en 1999 sous le titre de Avant que tu ne t’endormes), elle récidive avec Når jeg er hos deg, en 2001 (Miséricorde, Plon, 2005, 168 pages, ISBN : 2-259-20035-4, traduit en anglais sous Stella Descending), très bien accueilli par la critique. Son troisième roman, Nåde (Grace en anglais), publié en 2002 (en France sous le titre deVertige chez Plon, janvier 2003, 308 pages, ISBN : 2-259-19724-8), reçoit le Prix des lecteurs norvégiens et est nommé parmi les dix meilleurs romans de l’année selon le journal danois Weekendavisen.
Je suis un ange venu du nord est son quatrième roman traduit en français. Publiée et traduite dans une trentaine de pays, en Europe et aux États-Unis, Linn Ullmann poursuit ses chroniques dans la presse norvégienne. Elle a raflé le Gullpennen 2007, ce « Prix du stylo d’or » qui récompense chaque année, en Norvège, le travail d’un journaliste. On la retrouve notamment dans les colonnes de Aftenposten, signant des papiers politiques ou culturels. Mariée à l’écrivain norvégien Niels Fredrik Dahl (lauréat du Prix Brage en 2002 pour Le regard d’un ami et publié en France chez Actes Sud), elle vit à Oslo avec ses deux enfants, et les deux enfants de son mari.
> En savoir plus. Notice de l’éditeur : à l'ombre d'un père absent et espéré, trois enfances se déploient dans cette chronique douce-amère de l'innocence perdue. Le périple somptueux et nostalgique de trois sœurs revisitant les souvenirs de ce qui aurait dû être une enfance de rêve. Remontant les méandres de la mémoire Linn Ullmann explore l’enfance et le passage à l’adolescence des trois femmes. Dans une langue concise et nuancée, l’auteur évoque la candeur et la culpabilité ; l’envie de se souvenir et le désir d’oublier ; la sensualité et une violence à fleur de peau. Avec une subtile simplicité, elle nous dévoile les pulsions destructrices que les enfants n’ont pas encore appris à cacher sous l’ambivalence des sentiments. Vulnérables et cruels, ils recréent, en jouant (mais est-ce un jeu ?), une microsociété où les faibles subissent la loi des plus forts. Un roman que n’aurait pas désavoué William Golding.
> Lien. Actes Sud publie un extrait du livre sur son site. Suivez le lien.
# Suède
Box 21, polar d’Anders Roslund et Börge Hellström, paru aux Presses de la cité (collection Sang d’encre), le 2 septembre 2010. Traduit du suédois par Terje Sinding. Titre original : Box 21 (mai 2005, Piratförlaget). 21 €. ISBN 978-2-258-07565-8.
A l’hôpital Söder, à Stockholm, les médecins découvrent, horrifiés, que les blessures de Lydia, une jeune Lituanienne, sont dues à de multiples coups de fouet. Ils lui ont été infligés quand elle s’est rebellée contre le souteneur qui la contraignait à se prostituer. Dans le même établissement, au même moment, le commissaire Ewert Grens et son adjoint Sven Sundkvist surveillent un jeune toxicomane, cible d’un tueur à la solde de la mafia yougoslave, dont le parrain n’est autre que l’ennemi juré de Grens, puisque, à cause de lui, sa femme souffre depuis vingt-cinq ans de graves lésions cérébrales. Animés par un désir de vengeance, Lydia et Grens vont voir leurs histoires se rencontrer.
> Bio.
Anders Roslund est né en 1961. Il est journaliste et fut à l’origine et à la tête de Kulturnyheterna (programme culturel sur la télé suédoise SVT 1). Anders Roslund a travaillé longtemps comme reporter, spécialisé notamment en affaires criminelles, arpentant son jardin préféré, le terrain social. Il a également dirigé l’édition de Rapport et Aktuellt, deux programmes télé d’informations majeurs en Suède de la chaîne SVT. Tout cela après une jeunesse de baroudeur : il a travaillé tour à tour dans une usine de boîtes de conserve en Israël, à la production de kiwis dans une ferme de Nouvelle-Zélande et, comme serveur dans le Colorado !
Börge Hellström, né en 1957, a été l’un des fondateurs d’une association suédoise de prévention criminelle. Avec Kris (Criminals return into society), Börge Hellström a notamment œuvré pour la réinsertion des jeunes délinquants et drogués. Comme son acolyte Roslund, il a beaucoup baroudé, entre autres en jouant de la guitare dans différents groupes, et aime poursuivre ses périples au long cours.
> En savoir plus. Le duo Roslund-Hellström vient de casser la baraque, en 2009, avec son dernier roman policier Tre Sekunder, qui caracolait encore parmi les meilleures ventes, cet été, à Stockholm (photo ci-jointe). Meilleur roman policier suédois avec le trophée 2009 de l’académie suédoise des écrivains de romans policiers, leur dernier opus a également remporté le Grand prix des lecteurs dans la catégorie « meilleur roman policier de l’année ». En Suède, ce n’est pas peu dire.
Box 21 (qui vient de sortir simultanément en Roumanie et en France) avait connu une belle trajectoire également : meilleur roman de l’année 2005 (Stockholm City Prize), récompensé du Platinum Pocket Award 2006 pour les ventes de l’édition poche en 2006, finaliste des trophées de l’académie suédoise des écrivains de romans policiers en 2005 dans la catégorie « meilleur roman policier suédois de l’année » et parmi les nommés au prix des libraires 2005 côté « meilleur roman de l’année ».
Second des cinq titres Roslund-Hellström publiés jusqu’alors en Suède pour cette série scandinave déjà culte, Box 21 arrive après La Bête, thriller d'une noirceur absolue paru en avril 2009 au Presses de la cité. Traduit en une dizaine de langues, La Bête avait reçu en 2006, lors de sa parution en Suède, La Clé de verre, la plus haute distinction du polar nordique décerné par la prestigieuse association scandinave d’auteurs de littérature policière (la Skandinaviska Kriminalsällskape), décernée, entre autres, à Henning Mankell (1992), Jo Nesbø (1998), Håkan Nesser (2000), Arnaldur Indriðason (2002 et 2003), Stieg Larsson (2005 et 2008).
Après le choc de La Bête, mettant déjà en scène Grens et Sundkvist, Anders Roslund et Börge Hellström plongent ici leurs deux policiers dans l’enfer de la prostitution et du trafic d’êtres humains. Avec force, les auteurs s’attaquent de front, sans voyeurisme mais sans tabou, à un sujet douloureux, terriblement actuel, qu’ils traitent avec une grande empathie.
> Lien. Roslund & Hellström, leur page officielle.
Le Faux ami d’Henrik B. Nilsson. Titre original : Den falske vännen (Norstedts, mars 2009). Traduit du suédois par Philippe Bouquet. Paru le 8 septembre 2010 chez Grasset. 576 pages, 22,50 €. ISBN 978-2-246-76361-1. 576 pages. 22,50 €.
Avril 1910, panique sur terre et dans le ciel. La comète de Halley est sur le point de frôler notre planète, et la succession du pape Léon XIII est imminente. A Vienne, Hermann Freytag, correcteur à l’ancienne, retraité depuis peu, passe ses journées au Café Sperl, à dépouiller les journaux et à ruminer des idées de romans.
Dans cette ambiance de fin de monde, le célèbre Boris Basch, auteur de livres à succès, annonce à son éditeur qu’il vient de terminer son roman et que Freytag est le seul correcteur en qui il a confiance. L’équilibre de la maison d’édition est en jeu et le directeur est contraint de prier Freytag de se remettre au travail. Ce dernier empoche l’avance et continue à brasser ses idées noires, déplorer l’état du monde moderne avec le père Anton, ou apprendre l’esperanto de la bouche de la belle Rosita, dont il est secrètement amoureux. C’est alors qu’apparaît le mystérieux Signori. Familier des cercles les plus secrets du Vatican, il en sait long sur le manuscrit de Barsch, susceptible de produire l’effet d’une bombe dans les finances du Saint-Siège. Freytag, se trouve confronté à un choix difficile … bientôt une question de vie ou de mort. Le faux ami se déroule en grande partie à Vienne, au temps où elle était la capitale culturelle et intellectuelle d’Europe. Un roman littéraire au style classique, une histoire faite d’ombre et de lumière qui éclaire une période sombre de l’histoire du Vatican.
> Bio. Henrik B. Nilsson est né en Suède en 1971 (à Malmö), mais a grandi en Allemagne et vécu à Lisbonne. Il vit aujourd’hui à Malmö avec sa famille. Titulaire d’une licence d’économie, il a fondé sa propre maison d’édition, Minotaur, en 1999, avant de la céder et de reprendre des études à l’université de Lund, où il obtint un master en écriture créative sous la direction de Björn Larsson.
Sans chaussures (« Skor utan »), son premier recueil de poésies expérimentales paru en 2003, avait été considéré à sa sortie comme « l’un des débuts les plus prometteurs de ces dernières années en poésie »par le journal de Stockholm, le Svenska Dagbladet. Henrik B. Nilsson, qui cultive un goût certain pour les langues latines, en particulier l’espagnol et le portugais, réalise pour les éditeurs suédois des traductions des poésies de Fernando Pessoa, Manuel de Freitas et Francisco Ruiz Udiel.
> En savoir plus. Le faux ami a obtenu le grand Prix littéraire suédois dédié aux premiers romans, le Borås Tidnings Debutantpris. Critique littéraire pour le journal Sydsvenskan, on l’entend aussi à la radio, sur P1, station suédoise, dans l’émission culturelle « Obs ».
L’Hypnotiseur, roman de Lars Kepler, chez Actes Sud (collection Actes noirs), paru le 1er septembre 2010. Titre original : Hypnotisören. Traduit du suédois par Hege Roel Rousson et Pascale Rosier. 450 pages. 23 €. ISBN : 978-2-7427-9222-1.
Dans une maison de la banlieue de Stockholm, une famille est sauvagement assassinée. Seul un garçon échappe au massacre, mais il navigue entre la vie et la mort, inconscient. L’inspecteur Joona Linna décide alors de recourir à un hypnotiseur pour pénétrer le subconscient du garçon et tenter de revoir le carnage à travers ses yeux…
Erik Maria Bark, un psychiatre spécialisé dans le traitement des chocs et traumas aigus, a longtemps été l'un des rares véritables experts de l'hypnose médicale. Jusqu'au jour où une séance d'hypnose profonde a mal, très mal tourné. Sa vie a frôlé l'abîme et, depuis, il a promis de ne plus jamais hypnotiser. Dix années durant, il a tenu cette promesse. Jusqu'à cette nuit où l'inspecteur Joona Linna le réveille. Il a besoin de son aide. Josef, un adolescent, vient d'assister au massacre de sa famille. Sa mère et sa petite soeur ont été poignardées, mutilées et dépecées sous ses yeux. Le corps lardé de centaines de coups de couteau, Josef vient d'être hospitalisé, inconscient et en état de choc. Mais il est le seul témoin du carnage et Joona Linna, pris dans une course contre la montre, veut l'interroger sans tarder. Car tout indique que l'assassin est maintenant aux trousses de la sœur aînée de Josef, mystérieusement disparue. Et pour lui, il n'y a qu'une façon d'obtenir un quelconque indice de l'identité du meurtrier : hypnotiser Josef. Tandis qu'il traverse un Stockholm plus sombre et glacial que jamais, Erik sait déjà que, malgré toutes ses protestations, il brisera sa promesse pour tenter de sauver une vie. Ce qu'il ne sait pas, c'est que la vérité que porte Josef va changer sa vie. Que son fils est sur le point d'être enlevé. Et qu'en réalité, c'est pour lui que le compte à rebours vient de commencer.
> Bio. Et si Lars Kepler n'existait pas ? Il faudrait l’inventer. C’est ce que ne se sont pas privés de faire les deux auteurs (unis dans la vie comme dans leur écriture) Alexandra Coelho Ahndoril, Suédoise née en 1966 à Helsingborg de parents portugais, et Alexander Ahndoril, né à Stockholm en 1967. Ils vivent à Stockholm avec leurs trois filles. La révélation par les médias du fait que Lars Kepler n’était qu’un pseudonyme a fait grand bruit autour du couple et, préparé ou non, le coup médiatique a été juteux. Les droits du roman leur ont rapporté la bagatelle d’une bonne quinzaine de millions de Couronnes suédoises (1,6 million d’euros !), selon l’article de Jan Guillou sur Aftonbladet. D’entrée, leur détective, l’inspecteur Joona Linna, a fait mouche en Suède à sa sortie à l’été 2009 (le 24 juillet 2009 chez l’éditeur Albert Bonniers Förlag). Ce nouveau héros du roman noir a en effet trusté un bon moment les meilleures ventes puisque l’été dernier, un an après, il était toujours sur le podium (notre photo prise cet été à Stockholm). Après ce carton, le second roman du couple a paru l’été dernier (15 juillet 2010), toujours chez Albert Bonniers Förlag, sous le titre de Paganinikontraktet (Le contrat Paganini).
> En savoir plus. Un extrait est en ligne sur le site d’Actes Sud. Suivez le lien.
La fabrique de violence, de Jan Guillou. Roman autobiographique traduit du suédois par Philippe Bouquet, parution chez Agone le 16 septembre 2010 (réédition). Titre original : Ondskan (1981). 368 pages. ISBN : 978-2-748-9123-8.
Erik a 14 ans et toute sa vie, à l’école comme à la maison, se construit dans la violence. Jan Guillou a nourri ce récit de son expérience de collégien, quand, au nom de l’éducation mutuelle, les élèves les plus âgés brutalisaient les plus jeunes. Il dénonce un système éducatif fondé sur la loi du plus fort invitant à une réflexion sur l’inculcation de l’ordre social et la destruction de toute révolte que portent en eux les programmes d’éducation de nos démocraties. Au centre du roman se trouvent ainsi la vengeance et le pardon ; mais aussi l’amitié, la fraternité et la solidarité.
> Bio. Jan Guillou, de son vrai nom Jan Oscar Sverre Lucien Henri Guillou, est né en 1944 à Södertälje, près de Stockholm d’un père Breton, diplomate, et d’une mère norvégienne. Il a cofondé le magazine Folket i bild-Kulturfront dans lequel il a écrit au début des années 1970. Avant de devenir reporter auFiB/Aktuellt en 1964, il avait étudié le droit pendant deux ans. Jan Guillou publie Om kriget kommer, son premier roman, en 1971 (Si la guerre éclate), puis se fait connaître du grand public en publiant un reportage sur l’école évoquée dans La Fabrique de violence. Le scandale est tel que le gouvernement suédois ordonne la fermeture de l’établissement. Quelques années plus tard, en 1973, il enquête sur les activités d’un bureau de renseignement pratiquant le fichage de citoyens suédois au profit de la CIA. Suite à ces révélations, il sera condamné pour espionnage à dix mois de prison. Jan Guillou est également l’auteur d’une quarantaine d’ouvrages (traduits en une vingtaine de langues), dont une série de romans d’espionnage, Coq rouge, et sa trilogie des croisades. Cet hymne à la tolérance et à l'humanisme, connu aussi sous le nom de « trilogie d'Arn le Templier » a rencontré un grand succès en Suède, les lecteurs découvrant une épopée médiévale écrite sous un nouveau genre. Plus de deux millions d’exemplaires ont été vendus. La série a parue en France chez Agone sous les titres suivants : Le Chemin de Jérusalem (2007) (titre original : Vägen till Jerusalem, 1998); Le Chevalier du Temple (2007) (Tempelriddaren, 1999); Le Royaume au bout du chemin (2008) (Riket vid vägens slut, 2000).
Ses romans et ses écrits journalistiques sont marqués par des prises de positions à contre-courant, notamment vis-à-vis de la politique intérieure de son propre pays : la réputation du polémiste de Jan Guillou n’est plus à faire. Ce dernier chronique aujourd’hui sur Aftonbladet, notamment.
> En savoir plus. La Fabrique de violence (Prix France Culture 1990), roman autobiographique de Jan Guillou, a fait l’objet d’une adaptation cinématographique de Mikael Hafstrom (Evil, Ondskan, en 2003). Le film a été nominé aux Oscar 2004 dans la catégorie du « meilleur film étranger ». Il a remporté pas moins de sept prix aux Guldbagge Awards dont celui du meilleur film, plus deux autres récompenses au Shanghai international film. En France, l’œuvre a été mise en scène au théâtre par Tiina Kaartama, avec la compagnie La Métonymie une quarantaine de représentations depuis 2005.
> Lien. Site consacré à l’auteur. Suivez le lien.
Le dernier hiver de Åke Edwardson, polar paru chez Jean-Claude Lattès. Traduit du suédois par Marie-Hélène Archambeaud. Titre original : den sista vintern (Norstedts Förlag, 2008). Paru le 8 septembre 2010. 450 pages. 20,90 €. ISBN : 978-2-709-63349-9.
Un matin de décembre, une patrouille de police est appelée dans un appartement de Vasastan. Elle trouve un homme en état de choc. Sa compagne est allongée dans leur lit, morte. Quelques jours après se produit un meurtre identique : une femme est étouffée dans un bel appartement du même quartier, son ami à ses côtés. Malgré leurs dénégations, les deux hommes sont les principaux suspects. Il s’agit désormais d’obtenir des aveux. Pourtant, un détail dans les deux appartements intrigue une jeune auxiliaire de police, qui ne peut s’empêcher d’y penser. Quelque chose détonne…
> Bio. Åke Edwardson est né en 1953. Diplômé de littérature, il travaille pour de nombreux journaux et enseigne à l'Université. Pour son premier roman, Danse avec l'ange, déjà traduit en quatorze langues, il a été lauréat du Grand Prix du roman policier suédois en 1997. Dixième et dernier épisode des aventures du commissaire Erik Winter, Le dernier hiver, a paru aux Éditions Jean-Claude Lattès en 2010. Åke Edwardson vit aujourd'hui à Göteborg.
> En savoir plus. Le Dernier Hiver est le dixième et dernier épisode des aventures du commissaire Erik Winter et ses collègues de la police de Göteborg, une série policière saluée à travers le monde et adaptée pour la télévision suédoise.
Millénium 1 : Les Hommes qui n'aimaient pas les femmes, de Stieg Larsson. Traduit du suédois par Lena Grumbach et Marc de Gouvenain. Paru en poche chez Babel (Noir, N° 37), le 1er Septembre 2010. Le roman avait paru en juin 2006 chez Actes Noirs. 704 pages. 11,50 €. ISBN : 978-2-7427-9309-9.
Contraint d'abandonner son poste de rédacteur pour avoir diffamé un requin de la finance, Mikael Blomkvist est bientôt associé à Lisbeth Salander, jeune femme rebelle et fouineuse, pour travailler avec Henrik Vanger, un industriel désireux de faire la lumière sur la disparition, vieille de plus de trente ans, de sa petite nièce, au cours d'une réunion familiale... Le premier volet, en poche, de la série culte qu’on ne présente plus.
> En savoir plus. Un extrait est proposé par Actes Sud ici.
11 septembre 2010
Anna Svenbro, profession passeur
Elle est chargée des collections en langues et littératures scandinaves à la Bibliothèque nationale de France. Arrivée à 30 ans dans l’équipe d’une cinquantaine de personnes en langues étrangères, Anna Svenbro a pris ses repères dans la tour des Lettres sur le site François-Mitterrand. Avec son CV long comme les bras du Nil, la jeune femme qui a posé ses impressionnants bagages à la BnF n’est pourtant pas du genre à la ramener. « Il faut trouver ses marques et dans un établissement comme celui-ci où travaillent 2.300 personnes, ce n’est pas rien », confie-t-elle.
Trouver également un conservateur d’État des bibliothèques doublé de compétences dans une langue spécifique n’était pas choses aisée. Sollicitée dès sa sortie de l’École nationale supérieure des sciences de l’information et des bibliothèques (Enssib), Anna Svenbro a ainsi pu pourvoir un poste resté vacant depuis le départ, en 2007, de son prédécesseur. Direction la rue Valette, pour Bruno Sagna, à la tête de ce panthéon qu’est la fameuse Nordique de la bibliothèque Sainte-Geneviève. Avec ses 160.000 volumes, la Bibliothèque nordique est le plus important fonds scandinave au monde hors de Scandinavie. Et derrière la Nordique, le secteur de la BnF dont est chargée Anna Svenbro n’est autre que le second fonds d’ouvrages scandinaves en France. L’histoire ne date pas d’hier puisqu’on y trouve des bibles danoises du XVIe siècle. 74.000 titres composent aujourd’hui la partie scandinave de la BnF, dont environ 40 % d’ouvrages traduits sur les collections en libre accès.
« Des traductions subjectives,
inspirées et convaincantes »
La traduction, vaste sujet. Anna Svenbro est passionnée par la traductologie. Durant ses études, elle a eu le loisir de voyager jusqu’à la croisée des chemins entre l’Antiquité et le Moyen-Age pour explorer les thèses de l’éthique hiéronymienne. Elle est intarissable sur la question. A l’Enssib, son mémoire d’étude traitait d’ailleurs de la question : « Quel espace pour la traduction en bibliothèque? »
La traduction, certes, mais laquelle ? L’écart peut être grand entre les déceptions des spécialistes aptes à comparer avec l’original et la satisfaction de ceux qui ne connaissent pas la langue et qui sont déjà heureux de dégoter une traduction. « Il est vrai que la traduction des langues scandinaves fait débat en France. Je me souviens d’un excellent article de Philippe Bouquet (NDLR : traducteur, grand spécialiste du roman prolétarien suédois) qui expliquait que de nombreux romans policiers suédois avaient été traduits en France à partir de leur traduction anglaise, donc avec une langue intermédiaire et que, forcément, le résultat n’était pas satisfaisant », explique Anna Svenbro, admirative également des travaux de recherche d’Isaac Bashevis Singer, en la matière. L’écrivain polonais, auteur de romans en yiddish, avait rédigé la plupart de ses ouvrages dans une langue orale qui n’était pratiquée que par quelques juifs de la diaspora et donc la plupart de ses textes n’étaient accessibles qu’en traduction au commun des lecteurs. Mais l’auteur était loin d’être convaincu que la traduction valorisait son œuvre. A partir de La Famille Moskat, il a entrepris d’opérer le processus avec les traducteurs et de veiller scrupuleusement au travail sur chacun de ses romans traduits en anglais.
A savoir si l’œuvre traduite se hissera toujours à la hauteur des ambitions de son auteur. Grande question. « Il faut renoncer à l’idée de la traduction objective, fidèle, exacte. Cela peut être extrêmement réconfortant pour un écrivain d’y croire, mais il ne peut y avoir que des traductions subjectives, inspirées et convaincantes, répond Anna Svenbro. Le pire est de voir quelque chose de familier devenir étranger. Il faut aller explorer derrière le tissu du texte. Un acte de création esthétique qui donne une autre vie à un livre peut être d’un réconfort encore plus grand. »
Attention néanmoins à l’équilibre de la place de la traduction, à la BnF. A quoi bon servir des ouvrages traduits s’ils sont disponibles partout ailleurs ? C’est bien pour cela que des Mankell, Larsson, Maj Sjöwall & Per Wahlöö ne trouveront ici leur place qu’en V.O. « La réflexion est indissociable de la vocation encyclopédique qui a présidé à la construction et à l’exploitation des fonds de la BnF. L’objectif est de garder la cohérence de la collection, des œuvres intégrales des grands classiques aux polars scandinaves qui ont la cote actuellement ». Et de tenir compte des publics, évidemment. Des étudiants aux chercheurs en quête d’œuvres originales ou de travaux scandinaves d’actualité en sciences humaines, par exemple, au grand public qui voudra réviser ses classiques ou découvrir de nouveaux talents.
Le tout sans éluder le phénomène de mode autour de la littérature scandinave. « Il y a un attrait évident pour la Suède, acquiesce Anna Svenbro. A l’institut suédois, les cours de langues explosent. On sent un regain d’intérêt pour la culture, le design… tant mieux si on a décidé d’aller derrière l’arbre Ikea qui cache la forêt. On peut d’ailleurs élargir cela à la Scandinavie. La Norvège n’y échappe pas. Il y a en tout cas un intérêt plus grand pour la langue originale en littérature. »
La quête de nouveaux talents, c’est en tout cas ce qui préside au choix du bon millier de titres scandinaves acquis chaque année par la BnF. « C’est là que s’exprime notre côté découvreurs, passeurs d’ouvrages. Il faut une part significative pour la découverte. Nous privilégions donc beaucoup les jeunes auteurs qui sont pour la plupart traduits pour la première fois ». D’autant que les dons restent exceptionnels. La surprise en fut d’autant plus agréable en janvier dernier. La bibliothèque Nobel de l’académie suédoise a remis à la BnF une soixantaine d’ouvrages de jeunes auteurs suédois, exclusivement en langue originale, dont une thèse sur Stig Dagerman.
« Pour prendre part
à ce genre d’aventure
il faut savoir se perdre »
Savoir rester à l’affût. Au-delà de la veille documentaire, tout l’art consiste à avoir la faculté de laisser venir l’essentiel à soi. Le réseau est indispensable. « Il ne faut surtout pas travailler tout seul. Le bibliothécaire est un spécialiste de la recherche de l’info, mais pas de l’info elle-même. Nous butinons dans un univers composé d’une vie fraîche, prise sur le vif. Le hasard des rencontres compte aussi. Il y a un concept très particulier qui explique cela, c’est la sérendipité. Pour prendre part à ce genre d’aventure, il faut savoir se perdre. On ne connaît jamais aussi bien un endroit que quand on s’y est perdu… et les collecteurs des bibliothèques n’échappent pas à la règle ». Foin du GPS alors ? « Le GPS, c’est l’ouvrage de référence. Mais il faut savoir aussi sortir de son guide touristique pour découvrir un pays… », répond Anna Svenbro.
Avec la sérendipité pour paradigme on croirait la jeune femme revenue à ses chères études initiales scientifiques. « C’est vrai que j’ai eu un parcours un peu baroque », sourit-elle. Avoir bifurqué des maths sup aux lettres sup, ce n’est en effet pas si courant. On aurait tôt fait de conclure qu’elle a été rattrapée par la tradition familiale avec un papa comme Jesper Svenbro, poète, membre de l’académie suédoise, spécialiste de la Grèce antique et qui a été directeur de recherche au CNRS. Mais la spinoziste convaincue (fascinée par Kant en hypokhâgne et khâgne) a une raison beaucoup plus subjective à faire valoir. « J’ai attrapé le virus de la philo dès la terminale », explique-t-elle, à propos de ce long et bon chemin jusqu’au doctorat. Et si elle n’avait pour passion que la philo ! Disons que ça rime avec piano…
Et la lecture, dans tout cela ? « Je lis absolument partout et cela va du classique au très moderne. J’aime la poésie, c’est un peu la marque de fabrique familiale. Avec un fort tropisme pour Pär Lagerkvist, Erik Lindegren… Michel Butor, Albert Cohen, Saint-John Perse, T. S. Eliot. »
Après un peu plus d’un an dans la maison BnF, place aux projets. Si « transversalité et interdisciplinarité » sont le credo du domaine scandinave, avec un échange perpétuel entre les langues et les thématiques, il faut aussi faire vivre le fonds autrement. On lit dans toute la fraîcheur de son regard qu’Anna Svenbro piaffe d’impatience : « J’ai une vraie envie de donner un regain d’activité aux collections mises en place par mon illustre prédécesseur ». De la théorie à la pratique, pas plus tard que le 29 septembre prochain, voici la journée d’étude autour du polar scandinave. Preuve que les repères sont pris, la jeune femme se projette déjà. « Le prélude 2011 s’annonce passionnant avec la participation de la BnF au Salon du livre de Paris dont le thème sera "Les lettres nordiques", en attendant 2012 et le centenaire de la mort de Strindberg ». Le mot prélude est bien choisi. 2010, sa première année à la BnF, est tout aussi passionnante. L’année du bicentenaire de la naissance de Chopin, pour une pianiste qui décrocha un premier prix de conservatoire, pensez si ça compte aussi.
Née le 12 juillet 1979, Française et Suédoise, sortie en juin 2009 de l’École nationale supérieure des sciences de l’information et des bibliothèques (Enssib), Anna Svenbro est Conservateur d’État des bibliothèques, chargée des collections en langues et littératures scandinaves à la Bibliothèque nationale de France (BnF), à Paris. Après des études scientifiques (Bas S, puis maths sup PSCI), elle change d’orientation : passée par hypokhâgne et khâgne au lycée Fénelon à Paris et Prix Colette Becker de philosophie (2000), elle a décroché, à la Sorbonne, ses licences de philo et de musique à Paris IV, et d’anglais à Paris III. Elle a poursuivi avec une maîtrise de philosophie (mention très bien), puis en master à l’Institut d’études politiques de Paris (IEP). Au terme de Sciences po, elle obtiendra un master II « Histoire et actualité de la philosophie » avec mention très bien et félicitations du jury, avant d’être reçue seconde au concours de Conservateur d’état à l’Enssib, à Villeurbanne (69). Trilingue (français, suédois, anglais), elle maîtrise l’allemand et l’italien et, côté lecture et écriture, le latin et le grec ancien. Pianiste, elle a obtenu, à l’unanimité, le 1er prix supérieur de la Fédération nationale des écoles et conservatoires municipaux de musique, de danse et d'art dramatique (Fnucmu) et le niveau médaille d’or du Conservatoire (CNR/ENM).
Domaine scandinave. Les fonds scandinaves de la BnF représentent plus de 74.000 ouvrages, répartis ainsi : 40.000 danois, 24.000 suédois, 8.500 norvégiens, 1.700 islandais ; une cinquantaine de volumes féringiens (Iles Féroé). La répartition étant linguistique plutôt que géographique, et le Finnois appartenant au domaine des langues finno-ougriennes, la Finlande n’entre dans le fonds scandinave de la BnF qu’avec ses auteurs finlandais de langue suédoise. 40 % des collections en libre accès sont traduites en français. Entre 1.000 et 1.500 ouvrages scandinaves entrent chaque année à la BnF.
BnF. Créée par décret du 3 janvier 1994, inaugurée le 30 mars 1995 et ouverte au public depuis le 20 décembre 1996 en Haut-de-jardin et depuis le 8 octobre 1998 en Rez-de-jardin, la Bibliothèque nationale de France compte 40.000 m2 de surface totale de salles de lectures, sur ses 159.855 m2 de surface utile. Au total, toutes collections confondues, la BnF totalise environ 14 millions de livres et imprimés, dont 600.000 en libre accès. Son budget annuel est de 254 M€. Tous les chiffres ici.
Pratique. Les collections en langues et littératures scandinaves sont disponibles en libre accès en mezzanine de la salle G (Haut-de-Jardin) et U (Rez-de-Jardin). Nous sommes en pleine fermeture annuelle au grand public (du lundi 6 au dimanche 19 septembre 2010 inclus) mais, les horaires habituels sont les suivants : l’accueil est ouvert tous les jours sauf le dimanche et le lundi matin (9h-19h du mardi au samedi, 14h-19h le lundi et 13h-19h le dimanche) ; la bibliothèque d’étude (Haut-de-Jardin) est fermée le lundi, ouverte de 10h à 20h en semaine et de 13h à 19h, le dimanche ; la bibliothèque de recherche (Rez-de-Jardin) est ouverte de 14h à 20h le lundi, de 9h à 20h en semaine, fermée le dimanche.
Contact. BnF, site François-Mitterrand, quai François-Mauriac, 75706 Paris Cedex 13. Tél. 01.53.79.59.59 (serveur vocal). Métro : lignes 6 (Quai de la gare), 14 et RER C (Bibliothèque François-Mitterrand). Bus : Lignes 89, 62, 64, 132 et 325.
Lien. Site de la BnF.
09 septembre 2010
Exclusif : Colmar et ses "écrivains venus du froid"
La rafraîchissante affiche de Joëlle Jolivet annonce la couleur : grand week-end du blanc annoncé, sur Colmar, les 27 et 28 novembre 2010 ! Pour leur 21e Salon du livre, la Ville du Haut-Rhin et la bibliothèque municipale ont décidé de mettre le cap au nord avec « Les écrivains venus du froid ». En cette année de la Russie en France (et de la France en Russie), l’ours qui truste la jolie affiche aura la part belle, mais les lettres scandinaves ne seront pas en reste avec, notamment, un gros pôle de dédicaces en vue chez l’éditeur landais Gaïa.
Dans la foulée de son vingtième anniversaire célébré l’an passé, le salon qui avait accueilli 36.000 visiteurs en 2009 revient donc à la notion géographique, après « America » (2007). L’événement avait surtout opté ces dernières années pour l’entrée thématique, comme « La nuit » (2008) ou encore « Portraits & autoportraits » (2006).
En pleine conclusion des XIXe Boréales de Caen (du 11 au 27 novembre), voici donc le top départ à une grande année littéraire scandinave en France. Nul doute que l’événement de Colmar aura une saveur toute particulière, quatre mois avant le Salon du livre de Paris, raccourci à trois jours (du 18 au 21 mars 2011, toujours Porte de Versailles…) et qui mettra, lui aussi, les lettres nordiques à l’honneur.
On trouvera du beau monde, les 27 et 28 novembre, du côté du parc expo de Colmar, à quelques pas de la réplique de la statue de la Liberté chère au plus célèbre des Colmariens, Bartholdi. Le traducteur Régis Boyer et Thierry Maricourt (avec son Dictionnaire du roman policier nordique) comptent parmi les références des organisateurs qui ont réuni là un bien beau plateau.
Savourons notre bonheur, chanceux que nous sommes, l’équipe nous a offert, aujourd’hui, en exclusivité, la liste des écrivains invités. Parmi les auteurs dont la présence est confirmée, on trouve ainsi :
Pages danoises. Leif Davidsen (Gaïa) ; Peter Fogtdal (Gaïa); Olav Hergel (Gaïa); Morten Hesseldahl (Gaïa) ; Carsten Jensen (Buchet Chastel/Libella-Maren Sell) ; Merete Pryds Helle (Gaïa); Pia Petersen (Actes sud).
Pages islandaises. Jòn Hallur Stefánsson (Gaïa), l’auteur de polars qui sera d’ailleurs en pleine actualité à Colmar puisque Gaïa annonce la suite des aventures de l’inspecteur Valdimar Eggertsson juste avant le salon. La livraison de L’incendiaire (traduction d’Éric Boury, 352 pages) est prévue pour le 6 octobre 2010.
Pages norvégiennes. Ketil Björnstad (Jean-Claude Lattès); Karin Fossum (Jean-Claude Lattès) ; Johan Harstad (Gaïa).
Pages suédoises. Björn Larsson (Grasset). Katarina Mazetti (Gaïa).
Et aussi… Bruno D'Halluin, l’informaticien-voyageur-navigateur, auteur de Jón l’Islandais (Gaïa, mars 2010, 442 pages) ; Pierre Vernay, écrivain-photographe-explorateur arctique, qui a publié notamment Terres arctiques, un monde immense, sauvage et vulnérable (Rouergue, octobre 2009, 188 pages)… et Claude Villers qu’on ne présente plus, mais dont on ne connaît pas forcément la passion pour l’Artique qu’il a transmise dans ses récits de voyages publiés l’an passé dans Le nord du Nord, balades en arctique (Denoël, mai 2009, 186 pages).
> Pratique. 21e Salon du livre de Colmar, samedi 27 et dimanche 28 novembre 2010, de 9 h à 19 h, parc des expositions de Colmar. Entrée libre.
> Lien. Le site du Salon.
© Crédit photo : le portrait de Björn Larsson est signé Ullar Montan
08 septembre 2010
Rosa Candida
A 22 ans, Arnljótur Thórir voit son enfance disparaître brutalement. Un an jour pour jour après avoir perdu sa mère dans un accident de la route, ce grand rouquin candide assiste, médusé, à la naissance de sa fille, Flóra Sól.
C’est qu’il fait tout à l’envers, Arnljótur. Il commence par avoir un enfant avant de connaître la mère, Anna, qu’il a approchée d’un peu trop près un de ces soirs d’hiver blanc où, l'alcool aidant, les corps se réchauffent. Le quart d’heure d’étreinte avec l’amie de son copain, dans la serre familiale, donnera donc naissance à une petite fleur. Mais Arnljótur sera-t-il prêt à assumer sa paternité ?
C’est un voyage initiatique auquel Auður Ava Ólafsdóttir nous convie. Le brillant lycéen qui s’est perdu dans deux campagnes de pêche en haute mer va prendre sa destinée en mains : il entreprend de sauver de la négligence et de l’abandon une roseraie séculaire, unique en son genre. Il embarque avec lui les boutures d’une rose pourpre rarissime à huit pétales apparentée à la blanche Rosa Candida. Et en voiture, dans une Opel Asta 37 jaune citron, vers d’autres aventures ! Il laisse derrière lui Jósef, son jumeau autiste et son père, un électricien à la retraite qui, à 76 ans, ne se remet pas de la disparition de son épouse, de 16 ans sa cadette. Laquelle a péri sur l’asphalte détrempé d’une route d’Islande entourée de champs de lave, alors qu’elle s’en allait cueillir des myrtilles.
Comme dans un conte qui s’émanciperait des notions de lieu et de temps, notre candide va cheminer loin vers un monastère accroché à la roche pour rebâtir un jardin d’Eden à des prêtres trop occupés à archiver leurs manuscrits dans leur bibliothèque quand ils ne sont pas dans leurs vignes. Parmi eux, le frère Thomas, curé cinéphile qui ne crache pas sur la dive bouteille, assistera à la mue d’un homme qui se « sent en train de se changer mentalement en père d’un enfant ».
Peu avare de belles références (d’Une Maison de Poupée, la fameuse pièce d’Ibsen, au film de Lasse Hallström Le Chocolat), Auður Ava Ólafsdóttir explore habilement les ressorts de la naissance du couple. La mort, le deuil, l’amour, le corps sont autant de thèmes que le subtile décalage du héros permet d’aborder sans lourdeur, et parfois même avec humour. Le mysticisme affleure à mesure que notre candide tente de bâtir une vie sans épine, à l’instar des tiges des roses qu’il sauve de l’oubli.
Au final, ce n’est pas du tout étonnant qu’un producteur européen se soit déjà emparé des droits cinématographiques d’un roman aussi visuel. Sans quelques longueurs au creux du livre ni une traduction flanquée de tics qui finissent par confiner à l’obsession (combien de fois l’expression « de sorte que » ?), cette livraison de Zulma aurait été d’une aussi belle tenue que la couverture seventies du livre dessinée par David Pearson himself. Cette première traduction d’une œuvre d’Auður Ava Ólafsdóttir en France donne en tout cas l’occasion de découvrir un auteur à la sensibilité à fleur de mots.
> Bio. Audur Ava Ólafsdóttir est née en 1958 et vit aujourd’hui à Reykjavík avec ses deux filles. Ancienne étudiante en histoire de l'art à Paris est aujourd’hui maître-assistante d'histoire de l'art à l'Université d'Islande. Directrice du Musée de l'Université d'Islande, elle est très active dans la promotion de l'art. A ce titre, elle a donné de nombreuses conférences et organisé plusieurs expositions d'artistes.
> Bibliographie. Traduite pour la première fois en Français, Auður Ava Ólafsdóttir a publié trois romans :
- Rosa Candida (titre original : Afleggjarinn, 2007 chez Salka). Prix culturel DV de littérature 2008 et Prix littéraire des femmes (Fjöruverðlaun). Finaliste du Prix du conseil nordique 2009.
- Rigning í nóvember (2004, Salka), « Pluie de novembre ». Prix de Littérature de la ville de Reykjavík (2004).
- Upphækkuð jörð (1998, chez Mál og Menning), roman aujourd’hui introuvable. - « Terre relevée »
Elle a, en outre, publié, cette année, un recueil de poésies :
- Sálmurinn um glimmer (2010: Salka)
Par ailleurs, le Théâtre national islandais vient d'acquérir les droits de sa première pièce de théâtre, qui sera jouée dès l'automne 2011.
Rosa candida d’Audur Ava Ólafsdóttir, chez Zulma, roman traduit de l'islandais par Catherine Eyjólfsson. Paru le 19 août 2010. 352 pages. 20,5 €. ISBN : 978-2-84304-521-9. Titre original : Afleggjarinn.
© Crédit photo : le portrait d’Auður Ava Ólafsdóttir est signé Einar Falur Ingólfsson.
30 août 2010
#07 et 08-2010 booklist
L'été 2010 a été bien calme, sur le front des parutions nordiques en France. L'événement créé par la sortie de Purge de Sofi Oksanen aura pour autant réveillé la saison puisque la pépite sortie chez Stock a été couronnée du prix du roman Fnac, succédant ainsi au Jan Karski de Yannick Haenel qui avait fait couler beaucoup d'encre.
# Finlande
Purge de Sofi Oksanen, chez Stock (collection La Cosmopolite), roman traduit du finlandais par Sébastien Cagnoli. Paru le 25 août 2010. 399 pages ; 21,5 €. ISBN : 978-2-234-06240-5. Titre original : Puhdistus (2008).
En 1992, l'Union soviétique s'effondre et la population estonienne fête le départ des Russes. Mais la vieille Aliide, elle, redoute les pillages et vit terrée dans sa maison, au fin fond des campagnes. Ainsi, quand elle trouve la jeune Zara dans son jardin, qui semble en grande détresse, elle hésite à lui ouvrir sa porte. Mais finalement ces deux femmes vont faire connaissance, et un lourd secret de famille se révélera, en lien avec le temps de l'occupation soviétique. Aliide a en effet aimé un homme, Hans, un résistant. Quarante ans plus tard, c'est au tour de Zara de venir chercher protection, et la vieille dame va décider de la lui accorder jusqu'au bout, quel qu'en soit le prix.
La chronique d’un phénomène annoncé dans un précédent article de ce blog, en mai dernier (lire ici) se confirme. Neuvième Prix du roman Fnac en cette rentrée littéraire, Purge vient de faire son entrée dans les vingt premières ventes de romans (Palmarès Tite-Live du 23 au 29 août).
Nous y reviendrons prochainement, entre une rencontre avec Sofi Oksanen, début juin à l’Institut finlandais, et une critique de son premier ouvrage traduit en français. Sachant que l’auteur sera de nouveau à l’honneur, à l’Institut finlandais, le 8 octobre prochain (19h, 60, rue des Écoles, 75005 Paris), avec une lecture publique de Purge, dirigée par Tiina Kaartama, de la Cie La métonymie, et interprétée par sept comédiennes et comédiens.
Antti Puuhaara. Textes de Tapio Tuomela et Erik Söderblom, illustrations d’Hannu Väisänen, musique de Tapio Tuomela. Direction musicale de Roland Hayrabedian, mise en scène d’Aurélie Hubeau et Damien Caille Perret. Chez Actes Sud (collection Beaux Arts), en coédition avec Musicatreize. Traduit du finnois par Gabriel Rebourcet. Juillet 2010. 48 pages, avec un CD. 25 €. ISBN 978-2-7427-9143-9.
Antti Puuhaara est un mélange de cycle choral et de mélodrame inspiré d’une légende finlandaise. Les dialogues parlés sont en français; le chœur et les solistes chantent en finnois. L’histoire raconte les aventures d’un jeune homme qui reste en vie malgré les dangers et parvient à revenir de Pohjola (Nord), point de non-retour, au-delà de la rivière mythique de Tuonela. A la fin de l’été, la forêt finlandaise perd ses couleurs chaudes et mordorées pour se laisser engloutir par une ténébreuse obscurité. Nul doute que des êtres incroyables l’habitent et la hantent. La forêt, jusqu’alors paisible, se fait mystérieuse, fascinante et inquiétante. Antti Puuhaara se trouve à l’orée de cette forêt. Pour accomplir son destin, il va devoir la traverser, aller et retour.
Depuis 2006, sous l’impulsion de Musicatreize, cinq contes musicaux ont vu le jour ; en voici deux nouveaux : Antti Puuhaara et Un retour. Mêlant chanteurs et musiciens, parfois comédiens et danseurs, ces contes sont mis en scène, de façon légère et souple, avec la simplicité du livre cher à nos souvenirs d’enfant. Chaque conte nous fait voyager dans un univers bien particulier. Dès le départ, le projet a souhaité privilégier une relation étroite entre écrivain, compositeur, metteur en scène et illustrateur, tous travaillant à l’élaboration d’une œuvre commune pour faire de chacun de ces spectacles un moment unique et mystérieux.
La fascinante musique de Tapio Tuomela semble sortie tout droit de ces forêts immémoriales: c’est la forêt elle-même, jusqu’au moindre bourgeon, qui nous raconte cette histoire. Pour faire exister cet univers magique et inquiétant, où se mêlent géants, devins, fille-oiseau et sorcière, la scénographie s’est immédiatement portée sur le jeu mystérieux des marionnettes et des ombres, si bien que le public lui-même est prisonnier du labyrinthe de cette forêt.
>Bio.
Hannu Väisänen, illustrateur et écrivain finlandais, né en 1951 à Oulu, vit en France depuis 1990 (à Souillac). Prix Finlandia de littérature 2007 (l’équivalent de notre Goncourt), pour son second roman Toiset kengät (L’autre paire de chaussures, roman non publié en France), Hannu Väisänen a ainsi publié trois fictions en forme de trilogie autobiographique sur sa jeunesse à Oulu : Vanikan palat («Morceau de pain militaire », 2004) ; Toiset kengät (L’autre paire de chaussures, 2007) et, tout récemment, Kuperat ja koverat (Convexe et concave, mars 2010). Aucun de ces romans, parus chez l’éditeur finlandais Otava, n’a été publié en France.
Cet artiste qui expose ses peintures partout dans le monde peint littéralement son écriture : ses romans sont réputés colorés, pittoresques.
Formé à l’académie des Beaux Arts de Finlande, il a notamment travaillé sur les illustrations de la mythique Kelevala, l’épopée finlandaise rééditée en 2000, 150 ans après sa première parution. Les œuvres avaient été exposées à l’Institut finlandais à Paris.
Ce touche-à-tout qui a également réalisé des reportages pour la télévision avait notamment signé en 1998 un documentaire de 43 minutes sur le cimetière de bateaux et véritable déchetterie nucléraire de la baie de Kola (qui relie le port de Mourmansk à la mer de Barents). Danger à Mourmansk avait été rediffusé par Arte, deux mois après la catastrophe du sous-marin russe, le Koursk, bâtiment nucléaire qui a sombré le 12 août 2000, six ans après sa mise en service, entraînant 118 hommes dans les profondeurs de la mer de Barents.
(Photo © Paula Kukkonen)
Tapio Tuomela est né le 11 novembre 1958 à Helsinki. Il fait ses études musicales à l’académie Sibelius, où il étudie le piano, la direction d’orchestre et la composition. Il complète ses études au conservatoire de Lituanie, à Vilnius, de 1983 à 1985. Sa musique a été jouée dans de nombreux festivals, ainsi que dans plusieurs orchestres, en Finlande, en France et en Allemagne. Parallèlement, il poursuit une carrière de chef d’orchestre. Il a notamment dirigé l’Opéra national de Finlande et l’Orchestre de musique de chambre Avanti !, de même que d’autres ensembles contemporains, pour de nombreuses créations mondiales. En 2000, en hommage au treizième anniversaire de Musicatreize, il compose Liekut ja Loitsut sur des extraits des contes traditionnels finlandais, la Kantélétar et le Kalevala.
Roland Hayrabedian. Depuis la création du Chœur contemporain d’Aix-en-Provence en 1978, puis de Musicatreize en 1987, Roland Hayrabedian n’a jamais cessé de susciter des créations et d’inventer des formations originales avec ces deux ensembles. Formé à la direction d’orchestre, il consacre cependant une grande part de son énergie à la voix, dirigeant des formations a cappella ou avec orchestre. Dans ses concerts, il aborde un répertoire qui mêle la création contemporaine, les œuvres-clés du XXe siècle et les œuvres classiques ou baroques. Il se fait particulièrement remarquer pour ses interprétations et ses enregistrements des œuvres de Maurice Ohana, et obtient de nombreux prix discographiques. Attiré par la musique de scène, le théâtre musical et le ballet, il collabore volontiers avec des metteurs en scène ou chorégraphes (Ariel Garcia Valdès, Pierre Barrat, Éric Ruf ou Angelin Preljocaj...). En 2002, il est nommé directeur musical de l’orchestre des jeunes de la Méditerranée. Il enseigne au CNR de Marseille.
Erik Söderblom. Une figure majeure du théâtre musical finlandais. Il commence sa carrière artistique par l’apprentissage du piano et du violoncelle, puis effectue des études de musicologie, de philosophie et d’histoire de l’art à l’université d’Helsinki. À partir de 1983, il dirige l’Orchestre de chambre d’Helsinki parallèlement à ses études à l’Académie de théâtre de Finlande à Helsinki. Lorsqu’il obtient son diplôme de directeur, il met en scène théâtre musical et théâtre parlé, en Finlande et à l’étranger. Il collabore régulièrement avec Tapio Tuomela et Lars Karlsson pour l’Opéra national de Finlande. Depuis 2001, Erik Söderblom est professeur d’art dramatique à l’Académie de théâtre de Finlande et enseigne le théâtre musical à l’Académie des arts de Turku.
Pour en savoir plus. Un article sur Hannu Väisänen, à lire ici sur Ranska.net.
> Liens. Le site de l’auteur.
> Prolongement. Le conte musical sera produit en novembre en France : Suivez le lien vers l’Institut finlandais ici.
# Islande
Rosa candida d'Auður Ava Ólafsdóttir, chez Zulma, roman traduit de l'islandais par Catherine Eyjólfsson. Paru le 19 août 2010. 352 pages. 20,5 €. ISBN : 978-2-84304-521-9. Titre original : Afleggjarinn.
Le jeune Arnljotur va quitter la maison, son frère jumeau autiste, son vieux père octogénaire, et les paysages crépusculaires de laves couvertes de lichens. La mère a eu un accident de voiture. Mourante dans le tas de ferraille, elle a trouvé la force de téléphoner aux siens et de donner quelques tranquilles recommandations à son fils qui aura écouté sans s’en rendre compte les dernières paroles d’une mère adorée. Un lien les unissait : le jardin et la serre où elle cultivait une variété rare de rosa candida à huit pétales. C’est là que Arnljotur aura aimé Anna, une amie d’un ami, un petit bout de nuit, et l’aura mise innocemment enceinte.
En route pour une ancienne roseraie du continent, avec dans ses bagages deux ou trois boutures de rosa candida, Arnljotur part sans le savoir à la rencontre d’Anna et de sa petite fille, là-bas, dans un autre éden, oublié du monde et gardé par un moine cinéphile.
> Bio. Auður Ava Ólafsdóttir est née en 1958. Elle a fait des études d'histoire de l'art à Paris et est actuellement maître-assistante d'histoire de l'art à l'Université d'Islande. Directrice du Musée de l'Université d'Islande, elle est très active dans la promotion de l'art. A ce titre, elle a donné de nombreuses conférences et organisé plusieurs expositions d'artistes.
Rosa candida, traduit pour la première fois en français, est son troisième roman après Upphækkuð jörð (Terre relevée) en 1998, et Rigning í nóvember (Pluie de novembre) en 2004, qui a été couronné par le Prix de Littérature de la ville de Reykjavík.
Rosa candida, publié aux éditions Salka en 2007 et réédité en livre de poche l'année suivante, a reçu deux prix littéraires : le Prix culturel DV de littérature 2008 et le Prix littéraire des femmes (Fjöruverðlaun). Il a été finaliste du Prix du conseil nordique 2009. Le roman a été traduit de l'islandais en anglais, danois et allemand. Les droits cinématographiques ont été acquis par un producteur européen.
Auður Ava Ólafsdóttir vit à Reykjavík avec ses deux filles. Le Théâtre national islandais vient d'acquérir les droits de sa première pièce de théâtre, qui sera jouée dès l'automne 2011.
> Pour en savoir plus. La notice de l’éditeur est visible ici.
Saga de Sverrir, de Karl Jónsson, traduit de l'islandais, annoté et présenté par Torfi H. Tulinius, aux Belles lettres, Paris (Collection « Classiques du Nord »). Paru le 27 août 2010. 360 pages. 35 €. ISBN : 978-2-251-07114-5.
Dans la seconde moitié du XIe siècle, Sverrir apprend qu'il est le fils naturel de Sigurd II de Norvège et doit combattre Magnus, qui a les faveurs de l'Eglise. L'auteur présumé est un abbé bénédictin du XIIe siècle.
Bio. Karl Jónsson, auteur supposé de cette saga composée au XIIIe siècle, était abbé d'un du monastère de Bingeyrar dans le nord de l'Islande. Son récit est vif et enlevé et le portrait du roi Sverrir saisissant de vérité. Ses discours sont une mine de renseignements sur les attitudes, les valeurs et la vision du monde de l'aristocratie nordique dans la seconde moitié du XIIe siècle. Sverrir a la sympathie de l'auteur, qui n'en demeure pas moins conscient de l'ambiguïté du personnage. L'histoire de ce roi qui fut peut-être un imposteur en est d'autant plus passionnante.
En savoir plus. Ce récit appartient au genre de la saga royale, c'est-à-dire des biographies de souverains norvégiens ou danois dont les Islandais se firent une spécialité au Moyen Age.
La Saga de Sverrir en est une des plus remarquables. Elle est longue et riche, et l'auteur est très proche des événements décrits, ce qui lui permet d'en faire un récit exceptionnellement détaillé. Il a eu accès à de nombreux témoins directs des faits, le plus important étant le protagoniste principal de la saga, le roi Sverrir lui-même, mort en 1202, qui en aurait dicté la première partie. Ce personnage est des plus intéressants. Originaire des îles Féroé, fils d'artisan, il devient prêtre. Sa mère lui révèle, alors qu'il est déjà adulte, qu'il est en réalité le fils naturel d'un défunt roi de Norvège. À la faveur d'une crise dynastique dans le pays, Sverrir trouve des soutiens pour le réclamer sur le trône, mais il doit combattre l'armée de son cousin le roi Magnús, petit-fils de roi par sa mère et qui jouit de la bénédiction de l'Église.
> Liens. Les Belles Lettres.
# Norvège
Du sang sur la neige, polar de Levi Henriksen, paru aux Presses de la Cité (domaine étranger, collection Sang d’encre), le 12 août 2010. Titre original : Snø vil falle over snø som har falt (Gyldendal, Oslo, 2004). Traduit du norvégien par Loup-Maëlle Besançon. 360 pages. 21 €. ISBN : 978-2-258-08032-4. Le livre a paru en avant-première chez France Loisirs, en février 2010.
Sur le chemin de la rédemption, à sa sortie de prison, Dan Kaspersen aimerait tirer un trait sur son passé. Mais de retour dans le village de son enfance, une mauvaise nouvelle l'attend. Son frère est mort. Un suicide, dit-on. Installé dans la maison familiale où il est assailli par de douloureux souvenirs, Dan ne parvient pas à s'expliquer ce geste, qui ne ressemble pas à Jakob. Pour ne rien arranger, la police l'accuse d'avoir agressé le grand-père de Kristian Thrane, l'homme responsable de son arrestation deux ans auparavant.
Polar atypique imprégné de l'ambiance hostile de l'hiver norvégien et sous-tendu par un suspense psychologique constant, Du sang sur la neige met en scène un individu abîmé par la vie, qui veut reconstruire son existence, coûte que coûte. Un roman d'atmosphère où l'humanité et la compassion ont la part belle.
> Bio. Né en 1964 à Kongsvinger, ville au nord-est d’Oslo, Levi Henriksen est un parolier, journaliste et musicien rock (bassiste) populaire en Norvège., Du sang sur la neige a connu un immense succès dans son pays, où il reçu le Prix des Libraires. Le romancier situe ses actions à Granli, petit village à quelques kilomètres au sud de Kongsvinger où Levi Henriksen a grandi. L’ancien journaliste localier au Glåmdalen puis au Østlendingen Glåmdalen fait désormais dans le polar. Du sang sur la neige est son quatrième roman, le premier traduit en français.
15 juin 2010
#06-2010 booklist
Comme chaque mois, voici la liste des parutions nordiques traduites et publiées en France, en juin. On dirait que les éditeurs ont marqué le pas. Aucun titre côté danois, pas plus que côtés islandais… A croire qu’on en garde déjà sous le coude dans la perspective du Salon du livre de Paris 2011…
# Finlande
Le Kalevala d’Elias Lönnrot. Épopée des Finnois [1991], traduit du finnois par Gabriel Rebourcet, introduction et notes de Gabriel Rebourcet. Suivi d'un choix de poèmes ouraliens. Nouvelle édition parue le 10 juin 2010 (la précédente datait du 1er janvier 1991). 1.092 pages. 24,90 €. Collection Quarto (2010), Gallimard-myth. ISBN 9782070129652.
Le 25 février 1835, quand Elias Lönnrot fait paraître Le Kalevala ou les Vieilles Chansons caréliennes du peuple finnois d'antan, il hisse le peuple finnois à hauteur de l'humanité tout entière : la somme poétique qu'il a récoltée auprès des bardes en Carélie du Nord et de l'Est, cette moisson de chants, n'a guère d'équivalent dans l'héritage universel.
Dans ce poème psalmodié se mêlent les voix du tragique, du lyrique et du magique. Le Kalevala contribue à enrichir notre patrimoine par l'incroyable profusion de ses récits, la beauté de ses chants, la richesse de ses tableaux et les gerbes de mots où se découvrent l'origine et le génie humains. Issu de poèmes et chants oraux authentiques, Le Kalevala fut d'abord présenté comme une reconstruction, celle d'une hypothétique épopée engloutie. On sait aujourd'hui que c'est en fait le grenier, désormais ordonné, de milliers de vers, poèmes, chants et ballades qui furent collectés au XIXe siècle dans les villages des terres finnoises. Ils ont disparu, les chants sont figés et fixés. Les hommes chantaient jadis, en communion avec l'univers. Leurs chants sont ici, magnifiques vecteurs poétiques du savoir et du plaisir.
Qu'a-t-on sauvé de l'oubli ? Des bribes ou l'essentiel ? Cet oubli était-il inéluctable, ou bien est-il venu avec l'écriture et l'irruption du monde moderne parmi ceux et celles qui en faisaient le chant de leurs semaines ?
> Bio. Né le 9 avril 1802 à Sammatti, ville du sud de la Finlande, dans une famille de sept enfants, et mort le 19 mars 1884, Elias Lönnrot était un médecin et écrivain finlandais. Il n’a cessé de nourrir, toute sa vie, sa passion pour la lecture découverte très tôt : Lönnrot a en effet su lire dès l’âge de 5 ans. C’est au cours de ses études universitaires, alors qu’il s’initiait à la poésie populaire, qu’il découvrit qu’en Finlande orientale aux confins des frontières russes de la Carélie orientale, les paysans chantaient encore ces textes anciens, poèmes, chansons ou autres récits remontant aux origines de la Finlande. Il fonda la Société de littérature finnoise en 1831 pour financer ses voyages en quête de textes anciens.
En parcourant son pays, il a collecté bon nombre des chants des derniers bardes ou colporteurs et autres récits de la tradition orale populaire. Le Kalevala, écrit en 1835 et dont l’édition définitive fut réalisée en 1849, cette épopée habitée par des dieux, des magiciens et autres héros, est aujourd’hui considérée comme une œuvre fondatrice de la Finlande. Outre le Kalevala, il est l’auteur d’un autre recueil d’anciens chants et épopées du peuple finnois, la Kanteletar.
> En savoir plus. Lire le dossier complet sur le Kalevala, sur le site info-finlande.fr, voici le lien.
Mystères de Knut Hamsun (titre original : Mysterier, 1892) chez Gaïa. Roman traduit du norvégien par Ingunn Galtier et Alain-Pierre Guilhon. Paru le 2 juin 2010. 324 pages. 21 €. ISBN 978-2-84720-170-3.
« Au milieu de l’été dernier, une petite ville de la côte norvégienne fut le théâtre d’événements tout à fait insolites. Un étranger arriva, un certain Nagel, charlatan étrange et singulier, qui fit nombre d’extravagances, avant de repartir aussi subitement qu’il était venu. »
Ainsi s’ouvre cet étonnant roman de Knut Hamsun. Un simple rai de lumière, un parfum nouveau, une soudaine impulsion ou un seul mot suffisent pour que tourne le kaléidoscope des multiples personnalités de Nagel. Endossant l’une puis l’autre avec l’habileté d’un gymnaste et une candeur tout enfantine, sa conduite et ses propos fascinent, mais suscitent aussi le trouble et les regards obliques que l’on réserve aux plus fous d’entre nous.
Comme le soulignait Henry Miller au sujet du personnage, au-delà des apparences « c’est là un homme qui aime, un homme qui aime l’amour, et qui est condamné à ne jamais rencontrer une âme accordée à la sienne ».
Deux ans après Faim, qui l’impose comme un écrivain de renommée mondiale, Knut Hamsun publie Mystères. Il y peaufine le personnage principal Johan Nagel, en quelque sorte l’archétype du héros hamsunien, « un étranger de l’existence ».
> Bio. Fils de paysans pauvres, Knut Hamsun est né en 1859 en Norvège. Autodidacte, il devient écrivain. Son roman Faim lui apporte la célébrité en 1890, et il fut longtemps considéré comme le génie littéraire norvégien, “père” du roman moderne. Knut Hamsun obtint le prix Nobel de littérature en 1920 pour Markens grode (L'éveil de la glèbe). Sa collaboration au régime nazi (il rencontra Hitler et offrit sa médaille de prix Nobel à Goebbels) ternit considérablement la fin de sa vie ; il fut le triste héros d’un procès retentissant.
> En savoir plus. Gaïa avait publié, en février 2010, une biographie de Knut Hamsun, signée Ingar Sletten Kolloen : Knut Hamsun, rêveur et conquérant. Traduit du norvégien par Éric Eydoux (768 pages, 28 €, ISBN 978-2-84720-158-1).
> Du même auteur. En février 2010, Gaïa avait également publié Victoria (Traduit du norvégien par Ingunn Galtier et Alain-Pierre Guilhon. 128 pages. 14 €. ISBN 978-2-84720-159-8).
Gaïa a annoncé, en outre, dans ses parutions prochaines (sans précision de date encore), sont intention de publier Le dernier chapitre, roman de 1923 de Knut Hamsun, plus connu sous le titre de Un air si pur.
Au-delà des forces I et II (titre original : Over AEvne) de Bjørnstjerne Bjørnson, chez Les Belles Lettres (collection : Les classiques du Nord), traduit du norvégien par Éric Eydoux. Paru le 18 juin 2010. 260 pages. 25 €. ISBN : 2-251-07115-6.
Dans la première pièce, le pasteur Adolf Sang, un homme de charité et d'abnégation tente de guérir sa femme par la prière. L'action se déroule dans une atmosphère de mysticisme et d'irréalité. La seconde œuvre évoque la déchirure sociale et ses funestes conséquences. L'ensemble dénonce l'oppression économique et l'emploi de la violence révolutionnaire qui "au-delà des forces", se révèle vaine.
Au-delà des forces I (1883) est un drame qui témoigne d’un sens très sûr de la progression dramatique. Son héros est le pasteur Adolf Sang, un homme de charité et d’abnégation dont les efforts pour guérir sa femme par le pouvoir miraculeux de la prière n’auront d’autre résultat que de provoquer la mort des conjoints. Drame contemporain tout à fait réaliste, l’œuvre baigne en même temps dans une atmosphère de mysticisme et d’irréalité qui s’accorde parfaitement avec le cadre envoûtant de la Norvège septentrionale.
Dans Au-delà des forces II (1895), le milieu est tout autre et la problématique entièrement différente. Moins rigoureuse dans sa construction qu’Au-delà des forces I, la pièce n’en est pas moins très prenante, principalement dans sa puissante évocation de la déchirure sociale et des funestes conséquences qui en découlent.
Néanmoins, si les deux œuvres se rejoignent dans un même intitulé, c’est qu’elles ont une thématique commune. Dans les deux cas, l’auteur combat la croyance illusoire en quelque chose d’irréalisable. En la circonstance, s’inquiétant des effets dévastateurs de la lutte des classes dans une Norvège récemment industrialisée, il dénonce à la fois l’oppression économique et l’emploi de la violence révolutionnaire, toute forme d’extrémisme qui, étant « au-delà des forces », se révèle vaine. Prônant le rapprochement des classes sociales, il demande à celles-ci d’œuvrer conjointement pour rétablir la solidarité de l’avenir.
> Bio. Célébré au même titre qu'Ibsen dans la France littéraire de la fin du XIXe et du début du XXe siècle, Bjørnstjerne Bjørnson connaît depuis une disgrâce qui ne laisse pas d’étonner. Car s’il est vrai que l’œuvre poétique et dramatique du prix Nobel 1903 est parfois inégale, elle comporte aussi d’authentiques chefs-d’œuvre, notamment les deux pièces intitulées Au-delà des forces (I et II). Romantique champion de la « norvégianité » à ses débuts, l’effervescent Bjørnson s’est ensuite mué en contempteur d’une société figée dans les conventions et les préjugés. C’est ainsi qu’après s’en être pris au monde de la presse, à l’affairisme ou à l’institution monarchique, il aborde ici la question religieuse et sociale.
> Lien. Fiche de l’éditeur.
L’héritage impossible, d’Anne Birkefeldt Ragde, chez Balland, traduit du norvégien par Jean Renaud. Paru le 10 juin 2010. 347 pages. ISBN : 978-2-35315-082-3. Titre original : Ligge i grønne enger (2007).
Après la mort tragique de Tor, Torunn, son fils, reprend la ferme mais la situation financière est catastrophique. Margido lui apporte son soutien financier tout en restant très distant. Quant à Erlend, il semble ne pas avoir conscience de la situation.
Après le premier volet paru en juin 2009 et le second en janvier 2010, les éditions Balland proposent la fin de la trilogie d’Anne B. Ragde, saga familiale tressant le destin des trois frères Neshov autour de la ferme de leur enfance, dans la région de Trondheim : Tor, 56 ans, célibataire endurci, fait tourner l’exploitation familial avec un élevage de porcs, Margido, croque-mort de 52 ans à la tête d’une entreprise qui ne connaît pas la crise, et Erlend, 40 ans, un homo décorateur de vitrines à Copenhague. Saluée en Norvège par lecteurs et libraires qui ont apprécié sa finesse psychologique, l’œuvre mêle le chagrin et la douleur à l'humour, la chaleur et l'amour.
- Les deux précédents volumes, dans l’ordre de leur publication :
La terre des mensonges, d’Anne Anne Birkefeldt Ragde, paru le 1er juin 2009 chez Balland. Traduit du norvégien par Jean Renaud. 22,90 €. ISBN : 978-2-35315-039-7. Titre original : Berlinerpoplene (2004).
Trois frères que tout sépare sont réunis par la mort de leur mère. L'aîné, Tor, fait tourner la ferme familiale avec l’élevage de porcs, Margido dirige une entreprise de pompes funèbres et Erlend est décorateur de vitrines à Copenhague. Les retrouvailles s'annoncent mouvementées : la tension atteint son paroxysme lorsque la question de l'héritage amène le père de famille à révéler un terrible secret. Le roman suit leurs souvenirs et les relations qui se nouent et se dénouent, jusqu'à cette révélation inattendue le soir de Noël : l'identité du vrai père des trois frères.
La ferme des Neshov, d’Anne Anne Birkefeldt Ragde, chez Balland. Traduit du norvégien par Jean Renaud. Paru le 21 janvier 2010. 384 pages. 22,90 €. Titre original : Eremittkrepsene (2005).
Suite de la sage des trois frères Neshov, confrontés à un moment de leur vie où ils doivent faire un choix important. Tor, l'aîné, doit se décider : poursuivre son élevage de porcs ou laisser sa fille reprendre la ferme et quitter alors sa vie d'assistante vétérinaire à Oslo. Que va devenir la ferme des Neshov ? Arriveront-ils à surmonter leur différence pour recréer des liens familiaux mis à rude épreuve depuis si longtemps ?
> Bio. On ne le soupçonne sans doute pas au travers de cette saga best-seller en Norvège, mais Anne B. Ragde, née en 1957 à Odda (à l’est de Bergen), a fait ses débuts en littérature-jeunesse. En 1986 elle publie en effet son premier livre pour enfants, Hallo! Her er jo!, enchaînant ensuite les œuvres destinées à la jeunesse. Sa biographie pour ados sur l’auteur Sigrid Undset (Biografien om Sigrid Undset. Ogsaa en ung Pige) lui a permis de recevoir le Prix Brage (catégorie littérature jeunesse). Son premier roman pour adulte En tiger for en engel a été publié en 1990. D’autres romans ont suivis, tout comme des polars et des recueils de nouvelles. La Terre des mensonges (dont le titre original est Berlinerpoplene), roman paru en Norvège (2004) où il a été vendu en 500.000 exemplaires, a été traduit dans plus de vingt langues et a obtenu le obtenu les prix littéraires Riksmål et Booksellers' prize. Adapté au théâtre et à la télévision, le roman devenu film a attiré près d’un million de téléspectateurs norvégiens. Quant à La Ferme des Neshov, le second opus a reçu le Prix des libraires et prix des lecteurs en Norvège et a été traduit dans une quinzaine de langues.
# Suède
Ça aurait pu être le paradis, polar de Camilla Grebe et Åsa Träff, paru le 25 mai 2010, chez Le Serpent à Plumes. Traduit du suédois (titre original : Någon sorts frid) par Max Stadler et Lucile Clauss. 384 pages 24,00 €. ISBN 978-2-26806-958-6.
Stockholm, août – décembre 2009 : Siri est psychiatre. Elle travaille dans un cabinet qu’elle a fondé avec ses collègues et amis Sven et Aina. Ses patients ne sont pas très nombreux, mais plus «fous» les uns que les autres : Sara Matteus, ex-prostituée, toxicomane, suicidaire. Peter Carlsson qui souffre d’un délire obsessionnel où il se voit tuer sa petite amie. Charlotte Mimer qui cherche désespérément à tout contrôler, à tout maîtriser, et qui fait régulièrement des crises de boulimie. Siri elle-même ne va pas trop bien non plus. Elle a peur du noir, s’endort toujours la lumière allumée, et elle n’a pas encore digéré la mort apparemment accidentelle de son mari Stefan…
Puis, un matin, Siri découvre le corps de la jeune Sara Matteus assassinée dans la mare devant sa maison, et c’est le début d’un véritable cauchemar. Son chat Ziggy disparaît pour réapparaître quelques jours plus tard : empaillé. Un mystérieux coup de fil nocturne lui apprend que son amie Aina se trouve à l’hôpital après un accident de voiture et qu’elle est gravement blessée : Siri prend sa voiture malgré le fait qu’elle vient de boire une bouteille de vin. Au bout de quelques kilomètres, elle est arrêtée par une patrouille de police que quelqu’un avait prévenue.
> Bio. Deux sœurs quadragénaires suédoises s’essaient au polar. A quatre mains, elles tissent un premier suspense haletant. Camilla Grebe, née en 1968, diplômée en économie à Stockholm, est cofondatrice de la maison d’édition de livre audio suédoise Storyside. Åsa Träff, née en 1970, est pour sa part une praticienne spécialisée dans la psychologie cognitive qui exerce dans le centre de Stockholm avec trois collègues, avec une prédilection pour la thérapie comportementale face aux troubles neuropsychiatriques et aux angoisses. Ce qui a forcément aidé à faire naître l’héroïne du livre, Siri, psychiatre. Les deux sœurs, Camilla, la blonde et Åsa, la brune, ont grandi à Älvsjö, district au sud de Stockhom.
Le pacte boréal, polar d’Anna Jansson, aux éditions du Toucan. Traduit du suédois par Carine Bruy. Paru le 16 juin 2010. 320 pages. 20 €. ISBN : 978-2-8100-0377-8.
Flash back. Maria Wern n'est pas encore commissaire et se trouve confrontée à un meurtre très étrange. Dans les derniers jours de l'année, alors que le froid et la neige submergent la côte, la petite ville suédoise de Kronköping est soudain plongée dans la terreur. Un homme est retrouvé pendu dans la forêt aux côtés d'un coq, d'un chien, et d'un chat. Scène épouvantable et qui fait immédiatement écho pour les enquêteurs aux exécutions rituelles souvent décrites par les textes de la mythologie viking. Une secte serait-elle à l'œuvre ? Si c'est le cas, quelles en sont les motivations ? Une enquête commence, au cœur de l'âme viking, dans ses recoins les plus obscurs. Pourquoi une secte aurait-elle exécuté ces hommes et ces femmes sans histoires ? Ou bien s'agirait-il d'un tueur solitaire imprégné des traditions nordiques les plus sanglantes ? La belle Maria Wern fait partie de l'équipe de policiers chargée de mener l'enquête. Elle va devoir sacrifier ses vacances de Noël pour comprendre au plus vite ce que cachent les signes étranges que les tueurs laissent sur les lieux de leurs crimes. Et si par malheur elle n'y parvenait pas, il ne fait aucun doute que les prochains sacrifices seront bien pires encore...
> Bio. Née en 1958 à Visby, sur l’île suédoise de Gotland, en pleine mère baltique (à 90 km sud-est au large de la Suède) Anna Maria Angelica Jansson a été infirmière pendant vingt-cinq ans. D'abord inspirés de ses rencontres à l'hôpital, ses romans mêlent aujourd'hui meurtres crapuleux et complots machiavéliques, sur fond de problèmes éthiques. Anna Jansson a imaginé un personnage récurrent pour sa douzaine de romans : l'inspectrice Maria Wern. Tous les titres de la série « Maria Wern » ont figuré sur les listes de meilleures ventes en Suède. En 2005, elle a publié The Silver Crown (La Couronne d'argent), vendu à plus de 50.000 exemplaires, et en 2006, Unknown Bird (L'inconnu du Nord, Editions du Toucan). Lorsqu'elle n'écrit pas des romans policiers, l’infirmière Anna Jansson, qui a rédigé des ouvrages spécialisés sur l’éthique des soins, participe à des débats. Elle est également auteur de livres pour enfants.
> Poche
L’inconnu du nord d’Anna Jansson, polar paru chez Librairie générale de France (LGF Paris), Le Livre de Poche, n° 31848 thrillers, traduit du suédois par Carine Bruy. Paru le 9 juin 2010. 408 pages. 6,95 €. ISBN : 978-2-253-13373-5. Initialement paru en 2006, édition du Toucan (collection Toucan noir, 3 juin 2009, 430 pages, 22 €, ISBN : 978-2-8100-0304-4).
L’île de Gotland, située en pleine mer baltique, passe pour l’un des plus beaux sites sauvages de Suède. Visby, son chef-lieu, est une cité calme où chacun se connaît et se respecte. Forêts, plages et collines y sont autant de refuges pour les hommes et les oiseaux. L’inspecteur Maria Wern y mène l’existence d’une femme d’aujourd’hui, entre deux enfants qu’elle adore et un ex-mari souvent absent. Jusqu’au jour où l’île bascule dans la terreur. En lisière de forêt, un campeur a été retrouvé égorgé tandis qu’à quelques kilomètres au sud se déclenche une épidémie de fièvre foudroyante. Les malades meurent les uns après les autres, au même rythme que les assassinats, qui se multiplient. Mais tout cela est-il vraiment une coïncidence ? Aidée du seul médecin qui lutte encore, Maria Wern veut tenir bon et aller au bout de son enquête en cherchant un lien entre le virus et les victimes. À ses risques et périls…
# France (anthologies)
Dictionnaire du roman policier nordique de Thierry Maricourt, aux Belles Lettres (Collection encrages). Paru le 18 juin 2010. 256 pages. 23 €. ISBN : 978-2-251-74245-8.
Le roman policier nordique semble, aujourd'hui, être à la mode. Mais quels points communs les écrivains recensés dans ce Dictionnaire présentent-ils ? Comment s'inscrivent-ils dans le roman policier et, au-delà, dans la littérature de leur époque ? Quelles perspectives se dégagent de leurs œuvres ? Au travers de la biographie et de la bibliographie d'auteurs aussi divers que Henning Mankell, Maria Lang, Arnaldur Indridason, Gunnar Staalesen, Karin Fossum, Matti Yrjänä Joensuu, Kjell Eriksson, Leif Davidsen, Camilla Läckberg, sans oublier Stieg Larsson, Maj Sjöwall et Per Wahlöö, et d'autres, tant d'autres, ce livre, qui se veut exhaustif (des origines à nos jours, donc, des écrivains traduits en langue française), s'attache à montrer qu'il existe bel et bien et de manière spécifique un genre que l'on peut nommer le roman policier nordique.
Répertoire critique de la littérature policière scandinave récente, il montre que le roman criminel ne s'inscrit pas dans une tradition identique selon les pays et que ce genre littéraire connaît une diffusion relativement importante depuis l'après-guerre et en particulier ces dernières années. Suède et Norvège publient depuis maintenant longtemps ce type de littérature, alors que, sous ses propres couleurs, elle n’est apparue que plus tardivement au Danemark et en Finlande, et très récemment en Islande. Mais la lecture d’ouvrages à caractère policier se pratique couramment dans ces pays depuis les débuts du genre où (sauf peut-être en Islande) il n’y a jamais eu, comme en France, une dichotomie marquée entre la « littérature classique » et la « littérature policière ». La littérature policière n’a jamais été rabaissée au statut de « sous-littérature » : dans les pays nordiques, la littérature policière n’est que l’une des multiples branches de la littérature.
Bio. Thierry Maricourt n’est pas un novice en matière d’anthologie nordique. En 2007, il avait publié chez les Nantais de l’Élan une « présentation suggestive, critique et non exhaustive de la littérature suédoise traduite en français » intitulée Voyage dans les lettres suédoises (222 pages, 18 €, ISBN : 978-2-909027-73-9).
Auteur d’une trentaine d’ouvrages (romans, recueils de poésie, essais, livres jeunesse), cet anar né en banlieue, à Saint-Denis, et qui a vécu à La Courneuve, anime des ateliers d’écriture, notamment dans le Pas-de-Calais où il est désormais installé.















